La ministre espagnole de la Défense éclaire la crise migratoire à Sebta: un «appel d’air» et l’influence des réseaux sociaux

La ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a affirmé devant le Congrès que la décision du Tribunal suprême concernant les renvois à la frontière de Sebta avait créé un véritable «appel d’air», contribuant ainsi aux arrivées massives de migrants enregistrées les 30 et 31 juillet.

Pour étayer ses explications, Madame Robles s’est appuyée sur un rapport détaillé de l’état-major de la Défense espagnole. Ce document décrit en trois phases l’intensification de la mobilisation migratoire. La première phase, qualifiée de «migration concentrée», a débuté après la publication, le 8 juillet, d’une décision judiciaire stipulant que les individus ayant atteint la ville à la nage ne pouvaient être immédiatement refoulés par voie maritime.

À partir de cette date clé, «plusieurs centaines» de personnes ont commencé à franchir la frontière, un nombre qui a progressivement augmenté pour atteindre plusieurs milliers. La ministre a insisté sur un «appel d’air favorisé par une interprétation intéressée de l’arrêt» judiciaire, une lecture largement diffusée et amplifiée sur les plateformes de réseaux sociaux.

À ce premier message s’est ajouté une autre information cruciale, présentant la Fête du Trône au Maroc comme une opportunité favorable pour traverser la frontière. Selon les explications de Margarita Robles, des groupes sur Facebook ont propagé l’idée que les effectifs policiers seraient réduits du côté marocain en raison des célébrations.

Une mobilisation «auto-organisée» via les réseaux sociaux

La ministre a soutenu que ce qui a été perçu comme un «assaut massif» ne résultait pas d’une organisation centralisée, mais plutôt d’une forme d’«auto-organisation» spontanée des migrants eux-mêmes. Ces derniers se seraient dirigés vers la frontière, motivés par un «message d’opportunité» et des publications faisant état d’une «prétendue absence d’obstacles» pour entrer dans l’enclave de Sebta.

La version présentée par la Défense espagnole positionne ainsi les réseaux sociaux au cœur de cette mobilisation. D’après Margarita Robles, la vitesse fulgurante de propagation des messages a empêché les forces de sécurité de «réagir à temps» lorsque les tentatives de passage se sont multipliées simultanément, impliquant des milliers d’individus.

Margarita Robles a également assuré qu’il était matériellement impossible «d’empêcher, par le recours à la force, ces déferlements de centaines ou de milliers de personnes». Une intervention de cette nature aurait eu, a-t-elle averti lors de son audition devant la commission de la Défense, des conséquences dramatiques. «Le nombre de morts aurait été incalculable», a-t-elle déclaré avec gravité.

Les déclarations de la ministre Robles font écho aux explications fournies par le Maroc dès le 2 août. Le ministère de l’Intérieur marocain avait alors indiqué avoir déployé une réponse proactive et globale, basée sur la détection précoce des signaux, le renforcement de la vigilance, la mobilisation des services de sécurité et l’intensification de la surveillance terrestre et maritime. Ce dispositif avait permis de maîtriser la situation, de protéger les vies humaines, de préserver l’ordre public et de sécuriser les frontières, dans le respect de la loi et du principe de proportionnalité. Rabat avait par ailleurs attribué ces tentatives de passage à la diffusion d’informations trompeuses sur les réseaux sociaux, aux activités des réseaux de trafic d’êtres humains et à une lecture erronée des décisions de la justice espagnole.

Un commandement unifié pour gérer la crise

L’audition de Margarita Robles marque le début d’une semaine intense durant laquelle huit ministres devront rendre compte, devant le Congrès, de la réponse apportée par le gouvernement espagnol à une crise déclenchée 26 jours plus tôt par l’entrée d’environ 80 000 migrants.

Parallèlement, le président du gouvernement, Pedro Sánchez, a présidé mardi la première réunion du Conseil de sécurité nationale spécifiquement consacrée à la situation à Sebta. Les vice-présidents du gouvernement, plusieurs ministres, les principaux responsables de la sécurité de l’État ainsi que Juan Jesús Vivas, qui a participé à distance, ont pris part à cette importante réunion.

Cette rencontre a permis d’officialiser la création d’un commandement unifié dédié à la gestion de la crise. La coordination sera confiée au ministre de la Politique territoriale, Ángel Víctor Torres, qui dirigera un comité rassemblant également Juan Jesús Vivas, le délégué du gouvernement, des représentants du Centre national de renseignement ainsi que les différents ministères concernés.