Ghana : l’affaire AWITI révèle l’impact dévastateur de l’arbitraire judiciaire sur les foyers et l’économie

Une infirmière au cœur d’une machine judiciaire défaillante
Le Ghana, longtemps salué pour sa stabilité démocratique, voit son image s’effriter avec l’affaire Salomay Bafoh Awiti. Cette infirmière de 34 ans, arrêtée en pleine nuit sous des accusations floues, incarne désormais les risques encourus par tout citoyen face à des institutions judiciaires et sécuritaires en dérive. Entre détention illégale, pression psychologique et abandon de ses enfants mineurs, son cas expose les fissures d’un système censé protéger plutôt que persécuter. Les conséquences pour les familles ghanéennes, la confiance dans l’État de droit et même l’attractivité économique du pays sont désormais au cœur des débats.
L’arrestation nocturne : quand la force publique brise les règles
Ce samedi 10 juin vers 23h, une scène choc se joue à Techiman : des hommes armés font irruption dans la maison de l’infirmière Salomay Bafoh Awiti. Sous prétexte de transactions Mobile Money suspectes et de diffusion de contenus « offensants », la professionnelle de santé est menottée devant ses trois enfants, âgés de 4 à 15 ans. Sans explication, les agents l’emmènent, laissant derrière eux un foyer en pleurs et sans assistance. Pendant plus de 48 heures, une situation humainement intenable.
Des enfants livrés à eux-mêmes dans l’indifférence générale
Alors que la détention préventive ne peut excéder 24 heures sans mise en accusation (article 14 de la Constitution ghanéenne), Salomay Awiti est maintenue à l’écart bien au-delà. Ses deux plus jeunes enfants, privés de leur mère, se retrouvent sans solution de garde. Aucune institution — que ce soit le Police Service, le National Security Secretariat ou le Bureau of National Investigations — ne daigne confirmer son lieu de détention. Un silence qui, pour beaucoup, est une confirmation : celui d’un État qui préfère opacifier ses actions plutôt que de rendre des comptes.
Des accusations fantômes et une défense muselée
Ce n’est qu’au terme de deux jours de disparition forcée que son avocat, Me Enoch Afoakwa, parvient à localiser sa cliente au Criminal Investigations Department d’Accra. Là, il découvre un système judiciaire à deux vitesses : des interrogatoires menés en l’absence de son conseil, des pressions pour qu’elle incrimine des tiers, et surtout… aucune preuve tangible. Pourtant, devant le tribunal de circuit, la poursuite évoque une conspiration « pour renverser le gouvernement », sans jamais étayer ses dires. Un scénario qui rappelle les périodes les plus sombres de l’histoire politique ghanéenne, où l’accusation faisait office de condamnation.
L’État de droit en question : entre sécurité et abus de pouvoir
L’affaire prend une dimension politique lorsque le député avocat Nana Agyei Baffour Awuah, membre du parti majoritaire New Patriotic Party, tente de justifier la fermeté des institutions. Mais dans les rangs de la société civile, les voix s’élèvent. Médecins, avocats et associations de défense des droits humains dénoncent une instrumentalisation du système judiciaire à des fins d’intimidation. Le cas d’Awiti devient alors le symbole d’une justice aux mains d’un pouvoir qui confond sécurité nationale et répression arbitraire.
L’économie ghanéenne sous le choc : quand l’injustice effraie les investisseurs
Au-delà du drame humain, les répercussions économiques de cette affaire sont déjà visibles. Les partenaires commerciaux et investisseurs étrennent : comment un pays qui emprisonne des citoyens sans preuve peut-il garantir la stabilité nécessaire aux échanges ? Les secteurs du tourisme et des services, déjà fragilisés par des années de crises politiques régionales, subissent un nouveau coup dur. Les multinationales, de plus en plus méfiantes, commencent à envisager des alternatives au Ghana pour leurs investissements.
La médecine ghanéenne en première ligne de la contestation
La corporation médicale, représentée par l’Ghana Registered Nurses and Midwives Association, a pris fait et cause pour Awiti. Ses membres dénoncent des méthodes qui violent les principes déontologiques et sapent la crédibilité du système de santé. « Un médecin ou une infirmière sous pression ne peut offrir des soins de qualité », rappelle une porte-parole de l’association. Leur mobilisation force le tribunal à ajourner la procédure, mais pour combien de temps ?
Que reste-t-il de la démocratie ghanéenne ?
L’affaire Salomay Bafoh Awiti n’est plus seulement une affaire judiciaire. Elle est devenue le miroir des dérives d’un État qui, sous couvert de sécurité, piétine les libertés fondamentales. Entre silence institutionnel, accusations fallacieuses et souffrance familiale, le Ghana doit désormais choisir : maintenir une façade démocratique coûte que coûte, ou reconnaître ses failles et engager une réforme en profondeur. Pour les milliers de Ghanéens qui observent, la question n’est plus de savoir si l’État abusera de son pouvoir, mais quand cela s’arrêtera.