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Gabon : vers une gestion souveraine de ses ressources halieutiques

Publié le 17 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba
économie

Gabon : vers une gestion souveraine de ses ressources halieutiques

par la rédaction 208 aucun commentaire
La pêche au thon dans les eaux gabonaises

Libreville — Une page se tourne dans la gestion des ressources halieutiques du Gabon. À l’approche de l’échéance de l’accord de partenariat de pêche durable avec l’Union européenne, les autorités gabonaises ont choisi une voie radicalement différente. Plutôt que de prolonger un système critiqué pour ses déséquilibres, Libreville opte pour une refonte complète de sa stratégie maritime.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Cette décision s’inscrit dans une logique plus large : celle de reprendre le contrôle sur la valorisation de ses propres ressources naturelles. Le Gabon ne souhaite plus être un simple fournisseur de matières premières pour les industries étrangères. L’objectif est clair : transformer un secteur stratégique en levier de développement économique et de souveraineté nationale.

Cette orientation intervient alors que le continent africain s’interroge sur la gouvernance de ses ressources marines. Lors de rencontres internationales récentes, plusieurs pays africains ont souligné l’urgence de rééquilibrer les partenariats halieutiques. Ces échanges ont mis en lumière des pratiques jugées inéquitables, où les bénéfices locaux restent marginaux malgré l’exploitation intensive des zones de pêche.

Un modèle à repenser

L’accord actuel, qui arrive à expiration, illustre les tensions persistantes entre les États africains et leurs partenaires européens. Officiellement présenté comme un outil de durabilité, ce type d’accord est souvent dénoncé pour son manque de réciprocité. Le Gabon estime que les compensations financières proposées par Bruxelles ne reflètent pas la valeur réelle des captures opérées dans ses eaux.

Chaque année, près de 2,6 millions d’euros sont versés au titre de cet accord. Pourtant, ces fonds ne couvrent même pas les coûts de surveillance et de sécurisation de la Zone économique exclusive gabonaise. Pire, les bénéfices tirés de l’exploitation des stocks de thon, l’une des richesses phares du pays, échappent largement au territoire national. Les prises sont débarquées, transformées et commercialisées hors des frontières, privant le Gabon des emplois et des recettes générés par cette activité.

L’industrialisation comme priorité

La rupture avec l’Union européenne marque un tournant décisif. Le Gabon ne compte plus se contenter d’un rôle passif dans la chaîne de valeur halieutique. Les autorités ambitionnent désormais de développer une filière thonière locale, capable de transformer les ressources sur place et de créer des emplois durables.

Cette stratégie s’aligne sur les recommandations des institutions africaines, qui soulignent le manque à gagner lié à l’absence de transformation locale. Selon les experts, le continent perd des milliards de dollars chaque année en exportant ses ressources marines sans les valoriser. Le Gabon, avec ses 800 kilomètres de côtes et une zone maritime parmi les plus riches du Golfe de Guinée, dispose d’un potentiel énorme pour bâtir une industrie compétitive.

Souveraineté, transparence et durabilité

Cette décision ne se limite pas à des considérations économiques. Elle répond aussi à un impératif de durabilité. Les autorités gabonaises s’inquiètent des risques de surexploitation des ressources marines, aggravés par l’absence de contrôles stricts. Cette préoccupation rejoint les alertes lancées par les organisations environnementales sur l’état des stocks de thon en Afrique.

En refusant de reconduire automatiquement l’accord, Libreville envoie un signal fort aux partenaires internationaux. Les futurs partenariats devront intégrer des garanties renforcées en matière de préservation des écosystèmes, de traçabilité des captures et de création de valeur locale. Cette position pourrait inspirer d’autres États africains dans leurs négociations avec les puissances de pêche.

Le Gabon incarne ainsi une tendance de fond : celle d’un continent qui refuse de jouer les seconds rôles dans l’exploitation de ses richesses. En choisissant la souveraineté et la transparence, le pays envoie un message clair : l’accès aux ressources naturelles africaines doit désormais s’accompagner de retombées tangibles pour les populations locales.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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