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Gabon : une levée record de 920 millions de dollars, mais à quel coût ?

Publié le 3 août 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Avec une opération financière ambitieuse, Libreville dépasse ses objectifs et mobilise 920 millions de dollars, un record depuis plusieurs années. Pourtant, derrière ce succès apparent se cache un coût d’emprunt toujours aussi élevé, signe que la confiance des investisseurs reste prudente, malgré les réformes engagées par les autorités.

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Thierry Minko, ministre de l'Économie gabonais, lors de l'annonce de l'emprunt international.

Un placement historique qui dépasse toutes les attentes

Le 30 juillet 2026, le Gabon a réussi à lever 920 millions de dollars (soit près de 524 milliards de FCFA) sur les marchés internationaux, dépassant ainsi de 22,7 % son objectif initial fixé à 750 millions de dollars. Une performance remarquable qui confirme le retour progressif de confiance des investisseurs envers Libreville, même si le coût de cet emprunt reste élevé.

Selon les informations officielles, le règlement de cette opération est prévu pour le 5 août 2026. Les obligations émises arriveront à échéance en 2033, après une période de maturité de sept ans, incluant trois années de grâce durant lesquelles l’État ne remboursera que les intérêts avant de commencer à amortir le capital.

Cette émission a été sursouscrite, avec une demande dépassant le milliard de dollars, permettant au Trésor gabonais de retenir finalement 920 millions de dollars, soit 170 millions de plus que prévu. Un signe fort de l’appétit des investisseurs pour cette nouvelle opération.

Une progression notable par rapport à l’emprunt de 2025

Cette levée de fonds marque une nette amélioration par rapport à l’opération privée réalisée en février 2025, où le Gabon avait emprunté 570 millions de dollars pour une échéance en 2029, assortie d’un coupon de 9,5 %. En un an, le montant emprunté a donc augmenté de 61,4 %, tandis que la durée de l’emprunt s’est allongée de trois ans supplémentaires.

Le coupon a légèrement diminué, passant à 9,375 %, soit une réduction de 12,5 points de base. Cependant, cette baisse reste limitée et ne reflète pas nécessairement une diminution du coût réel de l’emprunt, qui dépend aussi du prix d’émission, du rendement exigé et des frais annexes. En 2025, l’obligation avait été émise sous sa valeur nominale, avec un rendement initial de 12,7 %. Pour l’opération actuelle, ni le prix d’émission ni le rendement effectif n’ont encore été communiqués, empêchant une comparaison précise des gains réalisés.

Contrairement à l’opération de 2025, qui avait principalement servi à refinancer un Eurobond arrivant à échéance en juin, aucune opération de rachat de dette existante n’a été annoncée cette fois. Une part plus importante des fonds devrait donc être directement allouée aux besoins de financement de l’État, après déduction des frais de placement et des commissions.

Une opération plus ambitieuse que celle du Cameroun, mais à un coût plus élevé

Si le Gabon a réussi à mobiliser plus de fonds que son voisin le Cameroun, le coût de son emprunt reste supérieur. Le Cameroun a pu bénéficier de deux années de grâce et a mis en place un mécanisme de swap dollar-euro, réduisant ainsi le risque de change pour un pays dont la monnaie est indexée sur l’euro. Selon les autorités camerounaises, ce dispositif ramène le coût effectif de l’opération à 7,79 % en euros.

Pour l’instant, ce taux reste bien inférieur au coupon gabonais de 9,375 %. Une comparaison complète ne sera possible qu’une fois le rendement effectif de l’emprunt gabonais rendu public. Pour Libreville, l’avancée majeure réside davantage dans l’ampleur des fonds mobilisés et l’allongement de la maturité que dans une baisse significative du coût de financement.

Moody’s alerte sur les risques persistants

Cette émission intervient quelques semaines après que Moody’s a confirmé la note souveraine du Gabon à « Caa2 », tout en passant sa perspective de « stable » à « négative ». L’agence justifie cette décision par les importants besoins de financement du pays, un accès encore limité aux ressources financières et le risque de nouvelles restructurations ou refinancements de la dette.

Le coupon de 9,375 % reflète ainsi la persistance d’une prime de risque élevée exigée par les investisseurs pour financer la signature gabonaise, malgré le succès commercial de l’opération.

Des fonds destinés aux investissements et au règlement d’arriérés

Selon les autorités, le produit net de cette levée de fonds sera utilisé pour financer des projets d’investissement public et régler des arriérés, principalement des engagements commerciaux extérieurs et multilatéraux. Il ne s’agit pas de créances dues aux entreprises locales, comme le précise la documentation de placement.

Cette opération reste cependant en deçà du plafond d’endettement autorisé par la loi de finances rectificative du 17 juillet, qui fixe une limite de 857,9 milliards de FCFA (environ 1,5 milliard de dollars) pour les emprunts sur les marchés internationaux. Avec 920 millions de dollars mobilisés, le Gabon a utilisé près de 61 % de cette enveloppe, laissant une marge théorique d’environ 580 millions de dollars. Aucune nouvelle émission n’a été annoncée pour l’instant. La loi prévoyait également une maturité pouvant atteindre dix ans, contre sept ans obtenus finalement, une différence que les autorités n’ont pas encore expliqué.

Un signal envoyé au Fonds monétaire international

Préparée après la publication d’un prospectus préliminaire le 27 juillet et pilotée par le ministre des Finances Thierry Minko, cette opération envoie un message fort aux marchés internationaux. Le gouvernement y voit la preuve d’une « confiance renouvelée des investisseurs » dans la qualité de la signature gabonaise et dans la trajectoire des réformes engagées depuis plusieurs mois.

Cette perception pourrait être renforcée par la conclusion attendue d’un accord avec le Fonds monétaire international. Les discussions techniques sont en cours, et une mission du FMI est prévue à Libreville en septembre 2026, avec pour objectif de finaliser un programme économique et financier avant la fin de l’année.

Malgré ce succès commercial, le Gabon reste confronté à une réalité persistante : l’accès aux marchés internationaux, bien que de nouveau ouvert, s’obtient au prix d’une prime de risque toujours élevée.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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