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Gabon : quand le citoyen s’invite dans la gouvernance

Publié le 13 septembre 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Libreville, dimanche 13 septembre 2026 – La Ve République gabonaise cherche-t-elle à réinventer la manière de conduire le pays ? C’est la question que suggère la rencontre du 11 septembre entre Brice Clotaire Oligui Nguema et Séraphin Moundounga.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

En accueillant le président de la Commission nationale pour la démocratie et la participation citoyenne, le chef de l’État n’a pas simplement validé la mise en place d’une nouvelle institution. Il a placé le citoyen au cœur d’un chantier susceptible de redéfinir en profondeur les relations entre la population et le pouvoir.

Cette Commission nationale pour la démocratie et la participation citoyenne, qui remplace le Conseil national de la démocratie, s’intègre dans l’architecture institutionnelle de la Ve République. Sa création découle de la réforme institutionnelle lancée en 2026, avec l’objectif affiché de consolider la crédibilité et la stabilité du système démocratique. Le dispositif prévoit notamment un Observatoire de la démocratie, chargé de collecter et d’analyser des données sur la vie politique et les campagnes électorales.

Mais l’essentiel se joue désormais. Une institution démocratique ne prend de la valeur que lorsqu’elle traduit un principe en actes concrets.

De l’institution au dialogue véritable

Séraphin Moundounga est venu chercher les orientations présidentielles avant l’installation effective de la Commission. Au menu : la constitution du bureau, la mise en place des différentes commissions, l’organisation des séances plénières et l’élaboration des textes nécessaires à son fonctionnement.

Ces aspects peuvent paraître techniques. Ils sont pourtant décisifs. Ils détermineront la façon dont les citoyens pourront se faire entendre, comment les préoccupations du terrain remonteront et dans quelle mesure elles pourront influencer la décision publique.

C’est là que se joue la différence entre une démocratie purement représentative et une démocratie plus participative. Le vote désigne des représentants. La participation citoyenne, elle, doit permettre de maintenir le dialogue entre les élections, de faire émerger des propositions et d’obliger les institutions à écouter plus régulièrement la société.

Cette transformation répond à une difficulté que connaissent de nombreuses démocraties. Une population peut élire ses représentants tout en ayant le sentiment de ne pas être entendue. La participation n’a donc de sens que si elle produit des effets visibles, si elle ouvre des espaces d’expression accessibles et si les institutions rendent compte de l’usage des contributions reçues.

Le test de l’indépendance

C’est ici que la CNDPC devra prouver sa crédibilité. Son rôle ne pourra pas se limiter à accompagner le discours des institutions. Elle devra être capable d’écouter les citoyens, y compris lorsque leurs attentes dérangent, critiquent ou contestent l’action publique.

Cette exigence est d’autant plus forte que la Commission a déjà été appelée à se positionner sur des sujets sensibles. En août 2026, son président avait notamment plaidé pour un durcissement de la réponse aux dérives constatées sur les réseaux sociaux, relançant le débat sur la frontière entre protection des institutions, ordre public et liberté d’expression.

Cette séquence rappelle une évidence démocratique. La participation citoyenne ne peut être crédible que si elle accueille aussi le désaccord. Une institution chargée de rapprocher les citoyens de l’État doit pouvoir être un espace d’écoute, pas seulement un espace de validation.

Le choix de Séraphin Moundounga, nommé à la tête de la CNDPC en mai 2026, donne désormais à cette institution un visage et une responsabilité politique. Son défi sera de faire de la Commission un lieu identifié par les Gabonais, compris par eux et surtout utile à leur quotidien.

Une démocratie qui ne s’arrête plus au scrutin

L’ambition portée par Oligui Nguema dépasse donc la simple naissance d’une nouvelle structure. Elle touche à la philosophie même de l’État. Faire du citoyen un acteur de la transformation nationale suppose de créer des mécanismes réguliers de consultation, de favoriser la circulation des idées et de donner une suite identifiable aux contributions de la société.

Le succès de la CNDPC ne se mesurera pas au nombre de réunions organisées ni au volume de textes adoptés. Il se mesurera à sa capacité à réduire la distance entre le pays réel et les institutions.

Le Gabon entre ainsi dans une phase où la démocratie devra être jugée moins sur ses déclarations que sur ses usages. Le citoyen ne doit plus seulement apparaître au moment du scrutin. Il doit pouvoir être entendu avant, pendant et après la décision publique.

C’est à cette condition que la participation citoyenne cessera d’être un nouveau vocabulaire institutionnel pour devenir un véritable pilier de la République. Et c’est probablement là, plus que dans les organigrammes ou les procédures, que se jouera la réussite politique de la CNDPC.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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