Gabon : quand la rente minière finance l’avenir des territoires
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Gabon : quand la rente minière finance l’avenir des territoires

Libreville — Le Gabon fait figure de pionnier en Afrique en réorientant une partie de sa rente minière vers le développement des communautés locales. Une révolution silencieuse qui pourrait bien inspirer l’ensemble du continent.

Depuis plusieurs années, le pays d’Afrique centrale mise sur une nouvelle approche pour transformer les ressources naturelles en leviers de croissance territoriale. Au cœur de cette stratégie : un mécanisme innovant qui alloue 20 % des redevances minières proportionnelles au Fonds de Développement des Communautés Locales. S’y ajoute une contribution supplémentaire issue de la taxe d’extraction des carrières exploitées par Comilog, filiale du groupe Eramet, principal acteur du manganèse gabonais.

Cette initiative marque un tournant dans la gestion des ressources naturelles. L’objectif n’est plus seulement d’augmenter les exportations ou de percevoir des recettes fiscales, mais bien de faire des minerais un outil de cohésion sociale et de développement durable.

briser le cycle de la malédiction des ressources

Le paradoxe est connu : des régions riches en minerais comptent souvent parmi les plus pauvres. Le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse, n’y échappe pas. Les zones minières, comme Moanda, ont longtemps supporté le poids des externalités négatives de l’exploitation sans en tirer des bénéfices tangibles.

La réforme du Code minier, lancée en 2019 et consolidée par un avenant signé avec Comilog en 2020, change la donne. Pour la première fois, une partie des recettes minières est directement affectée aux territoires producteurs, sans passer par les arbitrages budgétaires nationaux. Une approche qui s’inspire des modèles du Botswana ou du Canada, où l’acceptabilité sociale de l’industrie minière repose sur un partage équitable des richesses.

une gouvernance collaborative au service des territoires

Le dispositif repose sur une gouvernance tripartite associant l’État, les collectivités locales et l’opérateur minier. Le Comité de Gestion Partenariale fixe les grandes orientations, tandis que le Comité de Gestion Opérationnelle assure le suivi technique des projets. Cette structure garantit que les investissements répondent aux besoins réels des populations, évitant ainsi les décisions centralisées déconnectées des réalités locales.

Les domaines d’intervention couvrent les infrastructures publiques, les équipements collectifs, les centres de santé, les écoles, l’accès à l’eau potable, le soutien aux activités économiques locales et la création d’emplois. Les premiers résultats sont encourageants : d’ici 2025, 26 projets communautaires avaient été menés à bien grâce aux fonds collectés, représentant un investissement de près de 8,5 milliards de francs CFA au profit d’environ 240 000 habitants des bassins miniers.

Dans un pays de moins de trois millions d’habitants, ces chiffres illustrent l’impact concret de cette politique.

un nouveau modèle pour l’industrie minière africaine

L’enjeu dépasse largement les frontières gabonaises. Avec l’explosion de la demande mondiale en minerais stratégiques, liés à la transition énergétique et à la révolution numérique, l’Afrique centrale détient une part majeure des réserves nécessaires. La question n’est plus de savoir combien de minerais seront exportés, mais quelle proportion de cette richesse restera sur place pour financer l’éducation, la santé et la diversification économique.

Comilog s’engage dans cette voie en soutenant l’entrepreneuriat local, la formation professionnelle et les initiatives génératrices de revenus. L’objectif ? Réduire progressivement la dépendance des territoires à l’activité extractive et bâtir des économies locales résilientes.

Si cette dynamique se confirme, le Gabon pourrait bien devenir un laboratoire africain d’un nouveau contrat social entre l’industrie minière, l’État et les populations. Car, aujourd’hui, la véritable valeur d’une mine ne se mesure plus seulement en tonnes extraites ou en dividendes perçus, mais en écoles construites, en entreprises créées et en opportunités offertes aux générations futures.