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Gabon : l’urgence de repenser le contrat avec Karpowership face aux surcoûts énergétiques

Publié le 1 août 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Au Gabon, le contrat passé avec Karpowership, filiale du groupe turc Karadeniz Holding, soulève désormais des questions majeures quant à son efficacité et son coût pour l’État. Chaque mois, l’État gabonais débourse 1,8 milliard de francs CFA pour une capacité théorique de 150 mégawatts, mais la production réelle injectée dans le réseau national peine à dépasser les 80 à 90 mégawatts. Ce déséquilibre, couplé à une exigence croissante de transparence budgétaire, pousse les autorités à envisager une remise en question de cet accord.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Un dispositif d’urgence devenu un fardeau structurel

Initialement conçu comme une solution temporaire pour pallier les défaillances du réseau électrique gabonais, le contrat avec Karpowership s’est transformé en une dépendance coûteuse. Face à des infrastructures thermiques obsolètes et une production hydroélectrique irrégulière en période de sécheresse, l’exécutif avait opté pour des centrales électriques flottantes. Ces powerships, amarrés près d’Owendo, offraient une réponse rapide en injectant des dizaines de mégawatts en quelques semaines. Une méthode déjà éprouvée au Ghana, en Sierra Leone ou encore au Sénégal, mais qui impose un tarif au kilowattheure bien supérieur à celui des centrales terrestres classiques.

Malgré les efforts déployés pour développer des projets locaux, comme les barrages et les centrales à gaz, la dépendance envers l’opérateur turc persiste. La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) reste ainsi contrainte de s’appuyer sur ce fournisseur extérieur, surtout en période de forte demande. Sur une année, cette dépendance représente une dépense de plus de 21 milliards de francs CFA, un montant significatif pour un pays sous haute surveillance budgétaire.

Un modèle économique de plus en plus contesté

Le principal point de friction réside dans l’écart entre la capacité facturée et la puissance réellement disponible. En payant pour 150 mégawatts alors que seulement 80 à 90 sont effectivement livrés, le Gabon finance indirectement une marge disproportionnée au profit de Karpowership. Cette situation alimente les critiques au sein de l’administration et des milieux techniques, qui estiment que le contrat favorise excessivement l’opérateur turc au détriment de l’intérêt national. Depuis août 2023, les nouvelles autorités ont lancé un audit complet des contrats publics hérités du précédent régime.

Karpowership n’est pas le seul acteur de ce type en Afrique. Le groupe turc gère des dizaines de navires-centrales dans une quinzaine de pays, avec une présence marquée en Afrique subsaharienne. Sa réactivité et sa capacité à déployer rapidement des unités de 30 à 470 mégawatts en font un partenaire attractif. Toutefois, cette flexibilité se paie au prix d’une dépendance accrue pour les États clients : une fois le powership en place, s’en défaire sans alternative viable expose les pays à des risques de pénurie énergétique et de délestages.

Quelles solutions pour sortir de cette impasse ?

La problématique dépasse le cadre financier. Rompre le contrat sans avoir préalablement sécurisé des capacités de remplacement équivalentes exposerait le Gabon à un déficit énergétique immédiat. Les grands projets en cours, tels que le barrage de Kinguélé Aval en partenariat avec Meridiam ou les futures centrales à gaz alimentées par les ressources nationales, ne seront pleinement opérationnels que d’ici deux à trois ans. Cette fenêtre temporelle limite considérablement les options disponibles.

Plusieurs pistes sont actuellement étudiées. La première consiste à renégocier le contrat pour aligner la facturation sur la puissance réellement injectée, réduisant ainsi les surcoûts. Une autre approche privilégie une sortie progressive, synchronisée avec la montée en puissance des nouvelles infrastructures. Enfin, une rupture brutale, bien que risquée, pourrait être envisagée en se tournant vers d’autres fournisseurs, malgré les possibles contentieux internationaux que cela pourrait engendrer. Quelle que soit la décision prise, elle influencera durablement la crédibilité de la politique énergétique gabonaise et la souveraineté industrielle du pays.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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