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Gabon : les techniciens de la seeg enfin entendus au sommet de l’état

Publié le 30 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Libreville, mardi 30 juin 2026 – Pendant des années, le débat sur la crise de l’eau et de l’électricité au Gabon s’est concentré sur les conséquences. Coupures à répétition, pénuries d’eau, délestages, mécontentement populaire. Mais rarement sur une question pourtant fondamentale : ceux qui connaissent réellement les réseaux, les installations et les contraintes techniques ont-ils été suffisamment écoutés ?

Écoutez cet articleEnviron 5 min

La rencontre organisée cette semaine entre le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema et les agents de la SEEG au Centre des Métiers Jean Violas d’Owendo pourrait marquer un tournant majeur dans la compréhension de cette crise nationale. Pendant près de trois heures, le chef de l’État a accepté d’entendre directement ceux qui, depuis des années, vivent au quotidien les réalités du terrain.

Le constat livré par les agents est sans ambiguïté. Au-delà du vieillissement des infrastructures, l’un des problèmes les plus profonds de la SEEG réside dans la marginalisation progressive de l’expertise technique dans les processus de décision.

La parole des techniciens au cœur du diagnostic

Son témoignage a résumé ce que de nombreux agents répètent depuis longtemps. Les techniciens observent les défaillances, identifient les risques, proposent des solutions, mais leurs recommandations ne sont pas toujours prises en compte dans les arbitrages stratégiques.

Derrière cette critique se dessine une réalité observée dans de nombreuses entreprises publiques à travers le monde. Lorsque les décisions s’éloignent progressivement des réalités opérationnelles, les dysfonctionnements s’accumulent jusqu’à devenir structurels.

Les autres agents ont abondé dans le même sens. Électriciens, électromécaniciens, ingénieurs réseaux, spécialistes de l’eau ou de la maintenance ont décrit un système où l’expertise technique n’occupe pas toujours la place qu’elle devrait dans la chaîne de décision.

Le parallèle avec certaines grandes entreprises internationales est frappant. Les crises traversées par Boeing, souvent citées par les spécialistes du management industriel, ont montré ce qui se produit lorsque les impératifs administratifs ou financiers prennent progressivement le dessus sur les exigences techniques. À l’inverse, des groupes comme Mercedes ont longtemps construit leur réussite sur l’influence déterminante des ingénieurs dans les choix stratégiques.

L’eau, un défi de conception autant que de production

Les échanges ont également permis d’éclairer plusieurs réalités méconnues du grand public.

Concernant l’approvisionnement en eau, les agents ont expliqué que les difficultés ne proviennent pas uniquement des coupures ou des installations vieillissantes. La question de la pression constitue un facteur déterminant. Lorsque les volumes disponibles deviennent insuffisants, la pression chute mécaniquement, empêchant l’eau d’atteindre certains quartiers ou certains étages d’habitation.

Cette situation est aggravée durant la saison sèche. La ressource actuellement exploitée à partir de la rivière de Ntoum subit naturellement l’étiage, phénomène qui réduit le niveau et le débit de l’eau disponible.

Cette réalité relance une interrogation stratégique. Pourquoi ne pas profiter de la refondation actuelle du secteur pour engager une réflexion sur un captage plus important directement relié au fleuve Kango, dont les volumes restent nettement plus abondants et plus stables tout au long de l’année ?

Une telle orientation nécessiterait évidemment des investissements considérables. Mais elle correspond précisément à la logique des infrastructures structurantes qui doivent accompagner les besoins d’un pays en croissance.

La réforme ne réussira qu’avec les compétences

La création prochaine de la Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon constitue une occasion historique. Rarement le pays n’a disposé d’une opportunité aussi importante pour rebâtir intégralement deux entreprises stratégiques.

Mais la réussite de cette transformation ne dépendra pas uniquement des financements ou des équipements. Elle reposera surtout sur la capacité à replacer les compétences techniques au cœur du système.

L’échange direct entre le chef de l’État et les agents a démontré une chose essentielle. Les réponses existent souvent déjà à l’intérieur même des organisations. Elles se trouvent chez les femmes et les hommes qui conçoivent, entretiennent et exploitent quotidiennement les infrastructures.

Le véritable enseignement de cette rencontre est peut-être là. Les futures entités appelées à succéder à la SEEG devront s’appuyer davantage sur leurs ingénieurs, leurs techniciens et leurs spécialistes. Car dans les secteurs aussi sensibles que l’eau et l’électricité, les infrastructures peuvent être financées par l’État.

Mais seules l’expertise, l’écoute du terrain et la compétence permettent de garantir durablement le service public. C’est probablement la leçon la plus importante que le Gabon peut tirer aujourd’hui de sa crise énergétique et hydraulique.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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