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Fermeture controversée de la grande mosquée de Ouagadougou par les autorités burkinabè

Publié le 30 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le site religieux le plus emblématique de Ouagadougou, la grande mosquée sunnite, fait l’objet d’une fermeture administrative depuis le 29 mai. Ce lieu de rassemblement des fidèles musulmans, l’un des plus fréquentés du pays, est désormais encerclé par les forces de l’ordre. Les autorités de transition, dirigées par le capitaine Ibrahim Traoré, ont justifié cette mesure exceptionnelle par des motifs d’ordre public, sans préciser sa durée. Les accès à l’édifice sont strictement contrôlés, interdisant tout regroupement aux alentours.

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Cette décision intervient dans un contexte hautement symbolique : la veille de l’Aïd al-Adha, célébrée localement sous le nom de Tabaski. La veille, des centaines de croyants s’étaient réunis devant l’enceinte sacrée pour réclamer des éclaircissements sur la disparition de leur imam, disparu depuis plusieurs jours. Cette mobilisation, rare dans un pays où l’espace de contestation s’est considérablement réduit depuis le renversement du gouvernement en septembre 2022, a précipité la réaction des dirigeants actuels.

Une semaine de mobilisation pour un guide spirituel introuvable

La fermeture de ce sanctuaire majeur n’est pas un acte isolé. Elle s’inscrit dans une période de tension d’une semaine, marquée par la quête des fidèles pour obtenir des réponses sur le sort de leur imam. Aucune explication officielle n’a été apportée concernant les circonstances de sa disparition, ni sur un éventuel placement en détention par les services de sécurité. Cette opacité alimente les interrogations et les craintes au sein de la communauté.

Au Burkina Faso, des cas similaires de disparitions de personnalités critiques envers le pouvoir ont été signalés ces derniers mois. Magistrats, journalistes, chefs traditionnels et responsables associatifs ont été soumis à des mesures de contrainte, allant de l’arrestation préventive à la garde à vue prolongée. Ces pratiques s’inscrivent dans un cadre juridique élargi par les autorités de transition, au nom de la lutte contre les groupes armés djihadistes qui menacent plusieurs régions du pays.

Un message politique fort à l’approche de la Tabaski

Le timing de cette fermeture interroge. En ciblant un lieu de culte aussi influent à quelques heures de la fête musulmane la plus importante de l’année, les dirigeants envoient un signal clair à une communauté qui représente une part majeure de la population burkinabè. La grande mosquée sunnite de Ouagadougou n’est pas un simple édifice religieux : elle est un pilier du courant sunnite local, organisé autour du Mouvement sunnite, et accueille des milliers de fidèles pour les grandes cérémonies.

Cette mesure reflète les défis auxquels doit faire face le gouvernement de transition. Alors que les ressources militaires sont principalement mobilisées contre l’insurrection djihadiste, les autorités semblent vouloir affirmer leur autorité sur les autres fronts, notamment internes. Depuis 2022, le régime a multiplié les signes de fermeté envers toute forme de contestation, qu’elle vienne de la société civile, des syndicats, des partis politiques dissous ou, désormais, du domaine religieux. Pourtant, la fermeture d’une mosquée pour des raisons de sécurité publique reste un événement exceptionnel, susceptible de fragiliser davantage la liberté de culte.

Un équilibre interreligieux mis à l’épreuve

Le Burkina Faso était jusqu’alors reconnu pour son modèle de coexistence pacifique entre musulmans, chrétiens et adeptes des religions traditionnelles. Cet équilibre, déjà fragilisé par les attaques récurrentes des groupes djihadistes contre les lieux de culte des deux principales religions, pourrait être profondément ébranlé par cette confrontation directe entre l’État et une communauté religieuse organisée.

Pour les analystes de la transition burkinabè, les prochains jours seront cruciaux. Une réouverture rapide de la mosquée, une clarification sur le sort de l’imam disparu et l’ouverture d’un dialogue avec les responsables sunnites pourraient désamorcer les tensions. À l’inverse, le maintien prolongé des barrages policiers autour du bâtiment risque d’exacerber les frustrations au sein d’une communauté jusqu’ici peu engagée dans l’opposition ouverte au régime. Les fidèles continuent de réclamer des réponses sur la disparition de leur guide spirituel, tandis que les autorités restent silencieuses sur les motifs exacts de cette décision.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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