Faso mêbo : quand la contribution patriotique cache une double imposition
Les plus de 261 millions FCFA collectés sous l’égide de l’initiative Faso Mêbo depuis le début de l’année 2026 soulèvent une question cruciale : cette mobilisation citoyenne relève-t-elle d’un élan de solidarité nationale ou d’une stratégie déguisée pour pallier des manquements budgétaires ?
Le civisme fiscal des Burkinabè déjà sous pression
Le Burkina Faso traverse une période économique délicate, marquée par une inflation persistante et une insécurité grandissante. Dans ce contexte, les contribuables burkinabè font preuve d’un dévouement remarquable en honorant leurs obligations fiscales. Pourtant, cette assiduité ne semble pas suffisante aux yeux des autorités, qui sollicitent désormais des contributions volontaires supplémentaires.
Une collecte parallèle qui interroge
L’initiative Faso Mêbo, présentée comme un geste patriotique, est perçue par une partie de la population comme une manœuvre pour contourner les responsabilités de l’État. Pourquoi, en effet, demander aux citoyens de financer des services publics – sécurité, infrastructures, santé – alors que ces mêmes services devraient être couverts par les impôts et taxes déjà en vigueur ?
Certains observateurs n’hésitent pas à qualifier cette démarche d’arnaque morale, exploitant la fibre patriotique pour combler des lacunes dans la gestion des finances publiques. La superposition de deux systèmes de collecte – l’un officiel, l’autre volontaire – évoque irrésistiblement une double imposition déguisée.
Transparence et équité : les mots d’ordre des citoyens
Les Burkinabè, conscients de leur rôle dans le développement national, exigent désormais plus de clarté sur l’utilisation des fonds collectés. Les plateformes numériques et les comptes de dépôt dédiés à Faso Mêbo suscitent des interrogations : où vont exactement ces sommes ? Comment sont-elles gérées et justifiées ?
La construction d’un pays ne saurait reposer sur des appels répétés à la générosité, comparables à des tontines communautaires, mais doit s’appuyer sur une gestion rigoureuse et transparente du budget national. Les citoyens, déjà soumis à un fardeau fiscal conséquent, refusent de servir de variable d’ajustement à une politique budgétaire défaillante.
Vers une réforme du système fiscal ?
Face à ce malaise grandissant, une remise en question s’impose. Plutôt que de multiplier les initiatives de collecte externe, l’État devrait concentrer ses efforts sur une meilleure allocation des ressources existantes et une communication transparente sur les dépenses publiques. Les Burkinabè méritent une gestion équitable, où chaque franc collecté est utilisé à bon escient, sans recourir à des subterfuges financiers.
L’heure n’est plus aux appels sentimentaux, mais à une réponse concrète : une fiscalité plus juste et une transparence irréprochable. C’est à ce prix que la confiance entre l’État et ses citoyens pourra être restaurée.