La Côte d’Ivoire a opposé une fin de non-recevoir à une proposition américaine visant à accueillir sur son territoire des personnes expulsées des États-Unis, alors même que celles-ci ne sont pas nécessairement de nationalité ivoirienne. Une décision qui marque un tournant décisif dans la politique d’expulsion vers des pays tiers menée par l’administration Trump, révélée par une enquête publiée le 21 septembre 2026.
Une mission diplomatique qui tourne court
À la mi-juin 2026, Christian Ehrhardt, responsable de l’Office of Remigration au Département d’État américain, s’était rendu à Abidjan dans le cadre d’une tournée en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Sa mission : convaincre plusieurs gouvernements africains d’accepter des personnes expulsées des États-Unis, y compris des ressortissants de pays tiers.
Mais les discussions menées à Abidjan n’ont pas abouti. Les autorités ivoiriennes ont refusé la proposition américaine, selon les informations dévoilées par l’enquête.
Le principe inédit des expulsions vers des pays tiers
Cette démarche s’inscrit dans une politique plus large de l’administration de Donald Trump visant à multiplier les expulsions vers des pays tiers. Le principe est relativement nouveau : une personne peut être expulsée des États-Unis vers un pays dont elle n’est pas ressortissante et avec lequel elle n’a pas nécessairement de lien antérieur.
Selon des données internes du Département d’État, l’administration américaine avait, à la fin juin 2026, autorisé ou promis au moins 410 millions de dollars pour faciliter des accords avec 31 pays, principalement en Afrique et en Amérique latine. Depuis 2025, plus de 25 000 personnes auraient ainsi été expulsées vers au moins 28 pays tiers, d’après une analyse réalisée à partir de plusieurs sources indépendantes.
Certains pays ont accepté des ressortissants étrangers en échange de financements ou d’autres formes d’aide. Des engagements financiers directs envers plusieurs gouvernements ont notamment été rapportés.
Abidjan refuse de participer au dispositif
C’est dans ce contexte que la mission de Christian Ehrhardt en Côte d’Ivoire prend une dimension particulière. Le responsable américain, qui dirige un bureau d’une quinzaine de personnes au sein du Département d’État, avait pour mission de négocier avec des gouvernements étrangers l’accueil de personnes expulsées des États-Unis.
Mais à Abidjan, la proposition américaine n’aurait pas trouvé d’accord. La Côte d’Ivoire ne figure d’ailleurs pas, dans les données américaines rendues publiques pour juin 2026, parmi les pays ayant conclu un accord opérationnel de ce type.
Un contexte sensible et controversé
La question des expulsions vers des pays tiers est particulièrement controversée. L’administration américaine présente cette politique comme un moyen de renvoyer des personnes faisant l’objet d’une mesure d’éloignement lorsque leur pays d’origine refuse ou ne peut pas les reprendre.
Des organisations de défense des droits humains et des avocats de personnes expulsées contestent toutefois certains aspects du dispositif, notamment les garanties offertes aux personnes concernées avant leur transfert vers un pays tiers.
Une cour d’appel fédérale américaine a jugé, en septembre 2026, que cette politique était illégale dans le cadre d’une affaire portant sur l’absence de garanties suffisantes pour les personnes concernées. L’administration Trump devait faire appel devant la Cour suprême.
