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Diplomatie mauritanienne : entre neutralité et réalités économiques face au Sahara occidental

Publié le 31 juillet 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba
Mauritanie Senegal Maroc sahara2

Un incident diplomatique survenu à Dakar en juillet 2026 a révélé avec éclat la position complexe de la Mauritanie concernant le Sahara occidental. Entre neutralité stratégique, impératifs économiques et préservation de sa souveraineté, Nouakchott manie l’ambiguïté avec une habileté qui n’est plus à démontrer, notamment pour ménager le Maroc.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Un dialogue tendu révélateur des tensions régionales

Lors d’une réception organisée par l’ambassade du Maroc à Dakar pour la présentation d’un ouvrage, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, a déclenché une polémique en évoquant une proximité géographique entre le Maroc et le Sénégal « dans l’imaginaire collectif ». Une formulation perçue comme une provocation par le représentant mauritanien, Mohamed Ould Abdellahi Ould Ethmane, qui a immédiatement interrompu le discours. Pour Nouakchott, ces propos ressemblaient à une tentative de « révision historique » niant l’existence même de la Mauritanie en tant qu’État souverain.

Bien que l’ambassadeur marocain, Hassan Naciri, ait joué les médiateurs pour apaiser les tensions, cet incident a mis en lumière les défis auxquels la diplomatie mauritanienne est confrontée. Elle doit concilier sa participation à un événement célébrant la marocanité du Sahara occidental tout en affichant une neutralité absolue dans un conflit qui dure depuis plus d’un demi-siècle.

Les réactions en Mauritanie ont été immédiates et virulentes. L’ancien ministre des Affaires étrangères, Isselmou Ahmed Izidbih, a réclamé sur les réseaux sociaux que Cheikh Tidiane Gadio soit déclaré persona non grata sur l’ensemble du territoire mauritanien, y compris dans son espace aérien et ses eaux territoriales.

Une neutralité à géométrie variable

Cette scène dakaroise illustre les paradoxes d’une politique étrangère que la Mauritanie assume désormais sans détour. Officiellement, Nouakchott reconnaît la République arabe sahraouie démocratique (RASD) depuis 1984 et entretient des relations régulières avec le Front Polisario. Cette posture lui permet de préserver son alliance sécuritaire avec l’Algérie, un partenaire clé pour la stabilité de ses frontières septentrionales.

En parallèle, la Mauritanie refuse catégoriquement de reconnaître la RASD au niveau diplomatique. Elle s’abstient notamment de lui accorder le statut d’ambassade sur son sol, une concession majeure consentie à Rabat. En participant aux commémorations officielles marocaines, Nouakchott envoie un signal de respect à son voisin du Nord, tout en veillant à ce que ce dernier n’évoque jamais, même indirectement, l’idée d’un « Grand Maroc » englobant l’ensemble du territoire mauritanien.

Guerguerat, un enjeu économique vital

Au-delà des considérations symboliques, c’est une logique économique pragmatique qui guide la position mauritanienne. Le poste-frontière de Guerguerat, situé à la frontière entre le Sahara occidental et la Mauritanie, est devenu un axe stratégique pour les échanges commerciaux. Chaque jour, des centaines de camions marocains transitent par cette zone pour approvisionner les marchés mauritaniens, sénégalais et maliens en produits agricoles et manufacturés.

Pour Nouakchott, bloquer ce flux reviendrait à asphyxier son économie et à perturber ses approvisionnements. En maintenant ses frontières ouvertes à ce commerce, la Mauritanie valide de fait le contrôle opérationnel exercé par le Maroc sur le territoire, sans pour autant le reconnaître officiellement.

Une stratégie de survie géopolitique

Pour les analystes de la région, cette politique du « ni avec ni contre » n’est pas le fruit d’une indécision, mais bien d’une stratégie de survie. Coincée entre un Maroc dont l’influence économique ne cesse de croître et une Algérie soucieuse de préserver son influence géopolitique, la Mauritanie ne peut se permettre de prendre parti sans risquer des représailles économiques ou une instabilité à ses frontières.

L’incident provoqué par les propos de Cheikh Tidiane Gadio rappelle que cette neutralité, aussi subtile soit-elle, reste extrêmement fragile. Dès que l’intégrité territoriale ou l’identité nationale de la Mauritanie semble menacée par les ambitions de ses voisins, Nouakchott réagit avec fermeté pour réaffirmer son rôle indispensable et souverain dans l’équilibre maghrébin.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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