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Dioura : l’armée malienne subit un revers historique face au JNIM

Publié le 15 septembre 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Une attaque d’une violence inouïe contre le camp militaire de Dioura

Le 10 septembre 2026, la localité de Dioura, située dans le cercle de Tenenkou, au cœur du Mali, a été le théâtre d’une offensive d’une ampleur rare. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, a lancé un assaut coordonné contre la caserne militaire de la ville. Pendant plusieurs heures, le camp a été pilonné, envahi et pillé, avant que les assaillants ne se retirent en emportant du matériel lourd et de nombreux otages. Ce épisode sanglant ravive le spectre de l’impuissance sécuritaire et remet en cause les promesses de souveraineté de la junte au pouvoir.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Un bilan humain effroyable malgré la censure

Comme à l’accoutumée dans ce type de drame, la communication officielle des Forces armées maliennes (FAMA) et de la présidence de transition est restée quasi inexistante. Pourtant, les informations recueillies sur le terrain brossent un tableau apocalyptique. Selon des sources concordantes, le nombre de soldats maliens tués s’élèverait à environ 130. À ce carnage s’ajoute une humiliation stratégique : près de 70 militaires auraient été capturés par les insurgés. Les images de propagande diffusées par le groupe terroriste montrent des dizaines de jeunes conscrits alignés, visiblement terrorisés, ainsi que d’importants stocks d’armes et de munitions saisis. Pour les familles des victimes, l’angoisse est à son paroxysme, aggravée par le silence ou la lenteur des autorités de Bamako.

L’illusion du partenariat russe et l’abandon du territoire

Cette attaque dévastatrice met en lumière l’échec de la stratégie sécuritaire vantée par la junte dirigée par le colonel Assimi Goïta. Depuis le coup d’État et le rapprochement géopolitique avec Moscou, le régime promettait une montée en puissance de l’armée et l’éradication du terrorisme grâce à l’appui de mercenaires russes. Sur le terrain, la rhétorique triomphaliste s’effondre. L’éviction des forces internationales (MINUSMA, Barkhane) et l’incapacité des partenaires russes à stabiliser le territoire ont laissé les forces maliennes isolées, sous-équipées et vulnérables. Les bases avancées comme celle de Dioura se retrouvent encerclées par des groupes armés mobiles qui frappent où et quand ils le veulent, illustrant l’incapacité de l’État à sécuriser ses propres lignes de défense.

Le désarroi des populations locales : livrées à elles-mêmes

Au-delà de la perte militaire, ce sont les civils de la région de Mopti qui paient le prix fort. À Dioura, l’incompréhension a cédé la place à la résignation et au désespoir. « Chaque fois que le camp tombe ou se replie, nous savons ce qui nous attend : les représailles, la peur et le vide absolu », confie sous couvert d’anonymat un habitant. « On nous parle de souveraineté à la télévision à Bamako, mais ici, nous n’avons ni protection, ni État, ni avenir. » Les commerçants font état d’une paralysie économique totale : les foires hebdomadaires sont annulées, les axes routiers coupés par les insurgés, et l’approvisionnement en produits de première nécessité relève du miracle. Après le passage des assaillants, la peur de l’amalgame ou des exactions post-attaque pousse de nombreux villageois à fuir vers les grands centres urbains, gonflant le nombre de déplacés internes dans une indifférence quasi générale.

Vers une impasse politique et militaire

Le drame de Dioura sonne comme un avertissement sévère pour les autorités de la transition malienne. À force de privilégier la guerre de communication sur la réalité des opérations, la junte s’enferme dans une impasse. L’affaiblissement continu des effectifs, le moral en berne des troupes et la perte progressive du contrôle territorial au Centre et au Nord posent une question urgente : combien de temps encore la souveraineté retrouvée pourra-t-elle servir de paravent à l’effondrement de la sécurité nationale ? Sans une réévaluation profonde des alliances, des tactiques militaires et du dialogue avec les communautés locales, le Mali risque de s’enfoncer davantage dans un cercle vicieux où civils et soldats restent les premières victimes de l’aveuglement politique.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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