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Deux ans de l’AES : bilan contrasté entre discours et réalité au Sahel

Publié le 6 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Deux ans de l’AES : entre promesses ambitieuses et défis sécuritaires au Sahel

À l’occasion du deuxième anniversaire de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Burkina Faso, le Mali et le Niger, le capitaine Ibrahim Traoré, président en exercice de cette confédération, a prononcé un discours marqué par un optimisme sans faille. Le chef de l’État burkinabè a présenté un bilan qu’il qualifie de très positif, tout en esquissant les contours d’un avenir où l’organisation ambitionne de jouer un rôle central dans la région. Pourtant, derrière cette rhétorique mobilisatrice, les réalités du terrain semblent bien plus nuancées.

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Une coopération renforcée, mais des preuves encore attendues

Selon les propos d’Ibrahim Traoré, l’AES aurait enregistré des progrès significatifs dans plusieurs domaines. Le président évoque notamment une meilleure coordination militaire contre les groupes armés, un renforcement des institutions communes et une intégration économique en marche. Pourtant, ces déclarations, bien que rassurantes, ne s’appuient sur aucune donnée chiffrée ou indicateur tangible permettant d’en mesurer l’ampleur.

Les populations sahéliennes, elles, continuent de subir le poids des défis quotidiens : insécurité endémique, inflation galopante, accès limité aux services essentiels et ralentissement économique. Autant de problèmes qui rappellent que, malgré les discours, les conditions de vie restent précaires pour des millions de citoyens.

Souveraineté économique : un horizon lointain

Le projet phare de l’AES repose sur la construction d’une autonomie économique. Pour y parvenir, les dirigeants misent sur l’industrialisation, la valorisation des ressources naturelles, la sécurité alimentaire et énergétique, ainsi que la libre circulation des personnes et des biens. Des ambitions louables, mais dont la réalisation exige des investissements massifs et une stabilité politique durable — deux conditions difficiles à réunir dans un contexte où les trois pays font face à des contraintes budgétaires sévères et à une menace terroriste persistante.

Un discours sous le prisme de la confrontation géopolitique

Ibrahim Traoré a également pointé du doigt une « guerre économique et médiatique », attribuant les difficultés de l’AES à des campagnes de désinformation et à des pressions extérieures qualifiées de néocoloniales. Cette analyse, qui reflète la position officielle des autorités de l’AES depuis leur rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, divise les observateurs. Certains estiment que ces difficultés trouvent aussi leur origine dans des faiblesses internes, comme des défis de gouvernance, des contraintes économiques structurelles et la persistance des attaques terroristes.

Malgré ces tensions, le discours a réaffirmé la volonté de l’AES de ne pas s’opposer à d’autres peuples ou organisations, tout en maintenant le dialogue avec la CEDEAO pour redéfinir les relations futures. Une ouverture qui contraste avec les frictions passées entre les deux blocs et laisse entrevoir la préservation de certains acquis régionaux, comme la libre circulation.

Le vrai défi : passer des mots aux actes

Au final, le message d’Ibrahim Traoré semble davantage une stratégie de communication visant à renforcer la cohésion autour du projet de l’AES qu’un véritable bilan. Deux ans après sa création, l’organisation affiche une vision claire, axée sur la souveraineté et l’intégration régionale. Mais le véritable enjeu reste la concrétisation de ces promesses : amélioration de la sécurité, création d’emplois, développement économique et amélioration du quotidien des populations.

Les attaques récentes au Mali : un rappel brutal des limites de l’AES

Alors que le président de la Confédération met en avant les avancées dans la lutte antiterroriste, les récents événements au Mali viennent rappeler que la menace reste bien réelle. Le 4 juillet 2026, plusieurs camps militaires ont été pris pour cible dans des localités comme Gao, Aguelhok, Anéfis, Sévaré et Kéniéroba. Ces attaques coordonnées illustrent la persistance de la capacité opérationnelle des groupes armés et soulignent les limites des dispositifs sécuritaires actuels.

Malgré une coopération militaire renforcée et des opérations conjointes régulièrement mises en avant, l’AES peine à inverser durablement la dynamique de l’insécurité. Les populations, elles, attendent des résultats tangibles : un recul significatif des violences, un retour à la stabilité et une amélioration concrète de leur sécurité au quotidien. Car c’est bien sur ces indicateurs que les citoyens jugeront, à terme, la réussite ou l’échec du projet porté par les dirigeants du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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