Dette et éducation en Côte d’Ivoire : ce que les choix de New York changent pour les citoyens

À New York, la Côte d’Ivoire expose les conséquences concrètes de sa stratégie dette-éducation
Les 21 et 22 septembre 2026, à New York, le ministre du Plan et du Développement, Dr Souleymane Diarrassouba, a pris part à deux rendez-vous de haut niveau organisés par l’UNICEF. Ces rencontres ont porté, d’une part, sur le financement de l’intelligence artificielle dans l’éducation et, d’autre part, sur l’impact de la dette sur les générations futures. Pour les citoyens ivoiriens, ces discussions ne relèvent pas de la seule diplomatie financière : elles déterminent directement les moyens disponibles pour les écoles, les centres de santé et les filets de protection sociale. La Côte d’Ivoire y a défendu une approche où l’endettement ne se traduit pas par des coupes dans les services essentiels.
Un précédent ouest-africain : le prêt souverain lié à la durabilité de 2025
Le 21 septembre, le ministre est intervenu dans le cadre du Learn AI Global Compact, une initiative de l’UNICEF placée sous le thème « Une intelligence artificielle responsable au service de chaque apprenant ». Il a partagé l’expérience ivoirienne en matière de financement adossé à des résultats de durabilité.
En 2025, le pays a mis en place un cadre dédié et contracté un prêt de 433,3 millions d’euros. Particularité de ce montage : ses conditions financières évoluent selon les performances obtenues en matière d’énergies renouvelables et de restauration des forêts. L’opération bénéficie d’une garantie conjointe de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et de l’Agence multilatérale de garantie des investissements (MIGA). Il s’agit du premier prêt souverain lié à la durabilité en Afrique de l’Ouest. Pour les populations, ce type de mécanisme conditionne le coût de la dette à des résultats mesurables, ce qui peut réduire la charge future si les objectifs sont atteints.
Étendre le modèle au capital humain : quelles conséquences pour les apprenants ?
À New York, la possibilité d’étendre cette méthode au capital humain via une obligation liée à la durabilité a été explorée. Concrètement, les conditions financières de l’emprunt seraient indexées sur des résultats d’apprentissage mesurés à l’échelle nationale. Un tel dispositif exige des indicateurs d’apprentissage fiables et vérifiables, ainsi qu’une gestion prudente des risques financiers. La durée de l’emprunt doit rester alignée sur celle des investissements financés. La protection des données des enfants et la responsabilité des États et des enseignants dans les choix pédagogiques figurent parmi les principes défendus par la Côte d’Ivoire.
Le PND 2026-2030 prévoit un recours accru au numérique et à l’intelligence artificielle, notamment dans l’éducation-formation. La Côte d’Ivoire s’est dite prête à poursuivre les travaux avec l’UNICEF et les partenaires du Learn AI Global Compact sur des indicateurs d’apprentissage vérifiables et un mécanisme de garantie adapté. Pour les familles, l’enjeu est tangible : si ces outils permettent de mieux cibler les besoins, ils peuvent améliorer la qualité de l’enseignement sans alourdir la dette future.
Le poids de la dette sur les enfants : une réalité qui touche près de 400 millions d’entre eux
Le 22 septembre, le ministre est intervenu lors d’une seconde rencontre de haut niveau de l’UNICEF consacrée à la dette, au développement et aux générations futures. Selon l’UNICEF, près de 400 millions d’enfants vivent dans des pays où le poids de la dette progresse plus vite que les investissements dans la santé, l’éducation et la nutrition. Un constat qui, pour les citoyens de ces pays, se traduit par des classes surchargées, des structures de santé sous-dotées et des dispositifs de protection sociale fragilisés.
Le ministre a rappelé la position de la Côte d’Ivoire : l’impact de la dette sur les populations dépend de son affectation, de sa structure et de son coût. Autrement dit, ce n’est pas tant le volume de la dette qui pèse sur les citoyens que la manière dont elle est utilisée et remboursée.
Le PND 2026-2030 : un cadre pour orienter la dette vers le capital humain
Le PND 2026-2030 donne à cette politique son cadre de référence. Il accorde une place importante au capital humain, aux compétences et à l’emploi. Il fixe des objectifs en matière de santé maternelle et infantile, de couverture maladie universelle, de protection sociale et d’amélioration de l’indice de capital humain. Pour les citoyens, ces orientations déterminent l’accès aux soins, la qualité de l’éducation et la couverture des plus vulnérables.
La Côte d’Ivoire conduit parallèlement une gestion de sa dette fondée sur la maîtrise des risques, la soutenabilité budgétaire et la recherche de meilleures conditions de financement. En 2024, avec l’appui du Groupe de la Banque mondiale, elle a réalisé une opération d’échange de dette contre des programmes de développement. Près de 400 millions d’euros de dette commerciale ont été refinancés. L’opération doit dégager environ 330 millions d’euros de ressources budgétaires sur cinq ans, dont une part importante est destinée à l’éducation à travers les mécanismes budgétaires nationaux. Ces montants se traduisent potentiellement par des salles de classe supplémentaires, des enseignants formés et du matériel pédagogique.
« Une dette à visage humain » : la formule qui résume l’enjeu pour les populations
« Une dette à visage humain n’est pas une dette effacée. C’est une dette dont l’affectation, la structure et le coût sont mis au service de la santé, de l’éducation et de la protection des enfants », a déclaré Dr Souleymane Diarrassouba. Cette définition replace les citoyens au centre des décisions financières : chaque euro emprunté doit pouvoir être rattaché à un service rendu à la population.
À travers ces deux interventions, la Côte d’Ivoire a présenté les choix qui guident sa politique de financement du développement : préserver la soutenabilité de la dette, orienter les ressources vers les priorités nationales et explorer de nouveaux instruments lorsqu’ils peuvent contribuer aux objectifs du PND 2026-2030. L’éducation, la santé, la protection sociale et, plus largement, le développement du capital humain restent au cœur de ces priorités. Pour les Ivoiriens, l’enjeu est clair : ces arbitrages financiers pèseront directement sur la qualité des services publics et sur les perspectives économiques des générations futures.