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Crise sécuritaire au Mali : l’Algérie face à l’effondrement du Sahel

Publié le 30 avril 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Le Mali au bord de l’effondrement : une crise sécuritaire aux répercussions régionales

L’offensive coordonnée lancée au Mali le 25 avril n’est pas un simple épisode supplémentaire dans la spirale de violences que traverse le pays depuis dix ans. Il s’agit d’un tournant stratégique qui redéfinit l’équilibre des forces dans la région. Des groupes islamistes et des séparatistes touaregs ont simultanément attaqué des positions militaires et des centres névralgiques, forçant les forces gouvernementales, soutenues par la Russie, à évacuer la ville clé de Kidal. Leur capacité opérationnelle, désormais étendue, menace désormais directement Bamako. Pour le Sahel dans son ensemble, et plus particulièrement pour l’Algérie, la question n’est plus de savoir si la région se déstabilise, mais qui pourra l’en empêcher.

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L’échec cuisant de la junte malienne

Pour saisir l’ampleur de la crise actuelle au Mali, il faut revenir sur les décisions politiques prises après le coup d’État de 2021. La junte dirigée par le colonel Assimi Goita a expulsé les forces françaises, mis fin à la mission de paix de l’ONU MINUSMA et confié la sécurité du pays au groupe Wagner, désormais intégré aux structures russes. Bien que les critiques occidentales aient alerté sur les risques d’un vide sécuritaire, la junte a balayé ces mises en garde, les qualifiant de pressions néocoloniales. Pourtant, l’offensive d’avril a confirmé toutes ces craintes.

Les successeurs russes de Wagner, loin d’incarner la force anti-insurrectionnelle annoncée, ont été contraints de quitter Kidal, une ville d’une importance symbolique et stratégique majeure, berceau historique de la résistance touarègue. Les milices n’ont pas seulement survécu à la puissance de feu russe : elles se sont adaptées, coordonnées et avancées. Ce que la junte a échangé contre des moyens logistiques français et une expertise institutionnelle sahélienne s’avère aujourd’hui insuffisant face à une menace en constante évolution.

L’alliance inattendue entre islamistes et séparatistes touaregs marque un tournant. Historiquement rivaux, ces deux groupes ont toujours rivalisé pour le contrôle des zones non gouvernées du nord du Mali. Leur coordination tactique révèle une conviction partagée : la junte est suffisamment affaiblie pour être mise sous pression sur plusieurs fronts. Et ils semblent avoir vu juste.

L’Algérie confrontée à ses limites stratégiques

Aucun acteur extérieur ne suit l’évolution de la crise malienne avec autant d’inquiétude que l’Algérie. Alger partage avec le Mali une frontière sud poreuse, longue de plusieurs centaines de kilomètres, utilisée depuis des décennies comme corridor pour le trafic d’armes, de stupéfiants, de migrants et le recrutement de milices. Les responsables algériens savent, par expérience, que les crises sécuritaires non résolues ne restent pas confinées : elles franchissent les frontières et s’étendent.

L’ironie n’est pas mince pour l’Algérie. Après avoir joué les médiateurs indispensables pendant des années, notamment en négociant l’Accord de paix d’Alger de 2015 entre Bamako et les factions touarègues, Alger se retrouve aujourd’hui marginalisée. La junte malienne a officiellement quitté cet accord début 2024, une décision perçue comme un rejet délibéré. Les tensions se sont encore aggravées en mars 2025, lorsqu’une drone malien a été abattu par les forces algériennes près de la frontière commune, déclenchant une rupture diplomatique avec Bamako et ses alliés du Burkina Faso et du Niger, tous trois membres de l’Alliance des États du Sahel alignée sur Moscou.

L’Algérie se retrouve aujourd’hui exclue des mécanismes de résolution d’une crise qui menace pourtant directement sa sécurité intérieure. Elle ne peut imposer une solution au Mali, ni collaborer avec une junte qui la considère désormais comme une ennemie. Pourtant, elle ne peut ignorer les conséquences d’un effondrement malien : des groupes armés pourraient s’installer durablement le long de sa frontière sud, une menace existentielle pour sa stabilité interne.

Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a récemment adopté un ton ferme, réaffirmant son soutien à l’intégrité territoriale du Mali et condamnant sans ambiguïté le terrorisme. Mais les déclarations ne remplacent pas un canal diplomatique désormais inexistant.

L’absence stratégique des États-Unis

L’effondrement du Sahel est aussi l’histoire d’une présence américaine en retrait. Sous la pression des gouvernements régionaux alignés sur Moscou, Washington a réduit son empreinte en matière de lutte antiterroriste en Afrique de l’Ouest, sans la remplacer par une alternative cohérente. Résultat : un vide de pouvoir que la Russie comble partiellement par des contrats militaires, tandis que les réseaux islamistes s’implantent plus durablement en fournissant des services de gouvernance, en taxant les populations et en recrutant dans les zones abandonnées par l’État.

Le Mali écrit aujourd’hui une leçon en temps réel que Washington ferait bien de méditer. Les partenariats militaires, le partage de renseignements et une pression antiterroriste soutenue ne sont pas des options accessoires à la stabilité régionale : ils en sont les prérequis. Leur disparition ne laisse pas un vide neutre. Il est immédiatement occupé.

Trois scénarios pour l’avenir

Trois trajectoires se dégagent désormais. La junte malienne pourrait négocier un accord politique avec les factions touarègues, stoppant l’avancée militaire au prix de concessions territoriales majeures. Elle pourrait aussi intensifier son action militaire, s’appuyant sur le soutien aérien et terrestre russe pour tenter de reprendre le nord, avec des perspectives incertaines. Enfin, elle pourrait poursuivre sa stratégie actuelle de retraits tactiques, tout en maintenant publiquement sa légitimité, jusqu’à ce que Bamako elle-même devienne un enjeu contesté.

L’Algérie observe ces trois scénarios avec une inquiétude grandissante. L’implosion du Sahel n’est plus une préoccupation humanitaire lointaine : elle frappe désormais à ses portes.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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