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Crise au pastef : entre fidélités sonkiste et nouvelles ambitions présidentielles

Publié le 12 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le Pastef face à l’épreuve du pouvoir

Le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature et la refonte du gouvernement ont marqué un tournant dans l’histoire récente du Sénégal. Pour la première fois depuis l’avènement du Pastef-Les Patriotes en 2024, le parti doit faire face à des tensions internes majeures. Entre départs de cadres, divergences stratégiques entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, et l’annonce imminente d’un nouveau parti présidentiel, l’équilibre politique du pays est mis à l’épreuve.

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Une crise révélatrice de fractures profondes

À première vue, ces remous pourraient laisser penser à un affaiblissement du mouvement. Pourtant, une analyse plus fine révèle une réalité plus nuancée. La première observation est celle d’un glissement des élites : ministres, conseillers, directeurs généraux et députés ont choisi de suivre la voie tracée par le président Bassirou Diomaye Faye, abandonnant parfois la ligne défendue par le président du parti.

Cette dynamique illustre les tensions classiques entre deux formes de légitimité : la légitimité légale-rationnelle, liée au pouvoir institutionnel, et la légitimité charismatique, fondée sur l’aura personnelle d’un leader. Depuis son accession à la magistrature suprême, Bassirou Diomaye Faye incarne la première, tandis qu’Ousmane Sonko continue de s’appuyer sur la seconde, solidement ancrée dans le cœur des militants depuis plus d’une décennie.

Les dissidents justifient leur choix en invoquant une fidélité au « Projet » politique porté par le Pastef, qu’ils estiment désormais incarné par le président de la République. Certains dénoncent même une personnalisation excessive du parti autour de Sonko, évoquant un fonctionnement marqué par un messianisme et une concentration excessive du pouvoir entre les mains du « boss ». Pour eux, la priorité serait désormais de servir le Projet plutôt que de suivre un homme.

Pourtant, cette interprétation se heurte à une autre réalité : les départs concernent surtout des responsables institutionnels, bien plus que les militants de base. Beaucoup de ceux qui rejoignent le futur parti présidentiel ont bâti leur carrière grâce au Pastef… et à Ousmane Sonko. Leur capital politique reste donc largement dépendant de ce dernier, et peu d’entre eux disposent d’un ancrage territorial ou d’une base électorale autonome comparable à celle des grandes figures politiques sénégalaises.

Un parti de masse face aux défis du pouvoir

Contrairement aux apparences, le Pastef conserve une force militante indéniable. Structuré autour de milliers de sympathisants, le parti repose sur un réseau de cotisations et une présence territoriale solide. Les récents événements confirment cette résilience : le Congrès du 6 juin, qui a reconduit Ousmane Sonko à la tête du parti à l’unanimité, ainsi que son investiture populaire au Dakar Arena le 7 juin, se sont déroulés sans la participation des dissidents, tout en dominant l’actualité politique. De même, le lancement de la vente des cartes de membre le 4 juillet a suscité une mobilisation massive, tout comme la fusion de plus de soixante partis et mouvements politiques avec le Pastef à la veille du Congrès.

Cette capacité de mobilisation s’explique par la nature même du lien tissé entre Sonko et ses partisans. Dans la typologie de Max Weber, la légitimité charismatique repose sur la croyance en les qualités exceptionnelles d’un leader. Or, une grande partie des militants pastefiens ne se définissent pas seulement comme « pastefiens », mais comme « sonkistes ». Cette personnalisation du politique rappelle, à certains égards, la relation qu’entretenait Abdoulaye Wade avec une frange de l’électorat du Parti démocratique sénégalais (PDS). Pourtant, le phénomène Sonko va encore plus loin : il a réussi l’exploit d’élire des maires en 2022, de porter Bassirou Diomaye Faye à la présidence en 2024, puis de conduire une liste remportant 130 sièges sur 165 à l’Assemblée nationale. Une telle séquence électorale est sans précédent dans l’histoire politique contemporaine du Sénégal.

Quel avenir pour les dissidences ?

Il serait cependant naïf de sous-estimer les risques liés à ces fractures. Toute division au sein d’un parti majoritaire peut fragiliser sa cohésion, son efficacité et sa crédibilité. L’émergence d’un parti présidentiel concurrent pourrait attirer des élus soucieux de préserver leur accès aux ressources de l’État, selon une logique de transhumance politique observée dans plusieurs systèmes africains.

Pour l’heure, les faits disponibles montrent que la dissidence touche davantage les élites que les militants. Aucun mouvement massif de départs au niveau des bases locales n’est signalé. L’identité politique unique construite par le Pastef depuis sa création – fondée sur le militantisme, le patriotisme économique et la mobilisation populaire – semble continuer à fédérer les loyautés partisanes.

En définitive, cette crise révèle moins un effondrement du Pastef qu’une confrontation entre deux sources de légitimité : celle, institutionnelle, du président Bassirou Diomaye Faye, et celle, charismatique, d’Ousmane Sonko. L’avenir du parti dépendra de la capacité de chacune de ces légitimités à se muer en une force électorale durable.

La question centrale reste donc la suivante : le « Joxogn » de Sonko conserve-t-il encore toute sa puissance mobilisatrice ? Autrement dit, Ousmane Sonko reste-t-il capable de faire élire des maires, des députés… et, demain, un président de la République ? La réponse à cette interrogation déterminera non seulement le sort du Pastef, mais aussi l’évolution du paysage politique sénégalais dans les années à venir.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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