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Côte d’Ivoire : une taxe carbone pour accélérer la transition énergétique

Publié le 23 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba
La Côte d’Ivoire mise sur une croissance durable tout en réduisant son empreinte carbone d’ici 2035.
politique

Côte d’Ivoire : une taxe carbone pour accélérer la transition énergétique

Le gouvernement ivoirien a dévoilé en mai 2026 sa stratégie nationale de taxation du carbone. Cette mesure vise deux objectifs majeurs : encourager la réduction de la consommation d’énergies fossiles tout en générant des fonds pour financer la transition énergétique et renforcer la justice sociale. Intégrée à la feuille de route climatique du pays, cette taxe doit permettre une baisse significative des émissions de CO₂ d’ici 2030.

Depuis le retour à la stabilité politique en 2011, la Côte d’Ivoire affiche une croissance économique parmi les plus dynamiques d’Afrique. Désormais, le pays souhaite rendre son développement plus durable et inclusif. Dans cette optique, le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, a présenté le 28 mai 2026 une stratégie nationale de taxation des émissions de carbone.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Des émissions en hausse, mais une intensité carbone en baisse

Portées par une croissance soutenue, les émissions de gaz à effet de serre de la Côte d’Ivoire ont doublé entre 2011 et 2024, passant de 9 à 18,8 millions de tonnes. « Cette progression s’explique principalement par la dépendance aux énergies fossiles, l’essor des transports, l’industrialisation et les activités agricoles », a expliqué Adama Coulibaly.

Sur la même période, le produit intérieur brut (PIB) a presque triplé, passant de 35 à près de 87 milliards de dollars. Résultat : l’intensité carbone de l’économie ivoirienne a diminué, signe d’une transition énergétique en marche. À l’échelle mondiale, les émissions par habitant restent modestes : 0,65 tonne par an, contre 5 tonnes en France, 8 tonnes en Chine et plus de 13 tonnes aux États-Unis.

Pourquoi Abidjan accélère sa décarbonation

Malgré ces progrès, le gouvernement ivoirien souhaite que le pays joue pleinement son rôle dans l’effort climatique mondial. Hausse des températures, variations des régimes de pluie, multiplication des aléas climatiques : les conséquences du réchauffement affectent déjà de nombreux secteurs, en premier lieu l’agriculture, qui emploie près de la moitié de la population active.

La Côte d’Ivoire s’est donc fixé un objectif ambitieux : réduire drastiquement son empreinte carbone d’ici 2035, tout en maintenant une croissance annuelle supérieure à 7 %. Selon sa troisième Contribution déterminée au niveau national (CDN), publiée en 2025, le pays prévoit une baisse de 33 % de ses émissions avec ses propres moyens, et jusqu’à 74 % avec un appui international.

Déploiement progressif de la taxe carbone

La taxe carbone s’inscrit dans cette dynamique de décarbonation. Son application se fera en trois étapes. Entre 2026 et 2027, le cadre juridique et technique sera établi, avant une mise en œuvre à un taux modéré en 2028-2029. Le montant sera ensuite progressivement relevé jusqu’en 2035, suivi d’une phase d’évaluation et d’ajustement.

Cette taxe ciblera principalement la consommation d’énergies fossiles, à l’exception du gaz butane. En augmentant leur coût, elle devrait inciter à réduire leur utilisation. Selon les projections gouvernementales, un tarif de 50 euros par tonne de CO₂ permettrait de diminuer les émissions nationales de 1,2 million de tonnes, soit 6 % du niveau enregistré en 2024.

Le gouvernement anticipe des répercussions économiques négatives à court terme. Le ministère des Finances estime que la taxe pourrait entraîner une hausse des prix des carburants et peser sur la croissance lors des premières années d’application.

Une mesure au service de l’emploi, de la justice sociale et de l’environnement

Les recettes générées par cette taxe permettront d’atténuer ces impacts négatifs. Elles financeront en priorité l’accès à l’électricité sur l’ensemble du territoire. Une partie des fonds sera également consacrée à l’achat de cuisinières électriques ou à gaz, afin de réduire la dépendance au charbon de bois. Par ailleurs, la taxe soutiendra le développement des véhicules électriques via des avantages fiscaux, des exonérations ciblées et le déploiement d’infrastructures de recharge.

Le gouvernement s’engage aussi à protéger les ménages les plus vulnérables. Une partie des recettes sera redistribuée directement aux populations modestes. Ces fonds serviront également à créer des emplois verts et à accompagner les secteurs économiques affectés par la transition écologique. Cette initiative s’aligne sur l’ambition affichée par le Plan national de développement (PND) 2026-2030 : allier croissance économique, équité sociale et préservation de l’environnement.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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