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Corruption au Mali : quand les petits cadeaux détruisent la société

Publié le 9 janvier 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Corruption au Mali : un fléau social qui mine les fondements du pays

Le Mali, pays d’Afrique de l’Ouest, fait face à un défi majeur : la corruption sous toutes ses formes, y compris les petits cadeaux ou pots-de-vin qui, bien que perçus comme anodins, contribuent à un drame social de grande ampleur. Une réalité qui s’installe dans les habitudes et menace la stabilité économique et démocratique du pays.

Écoutez cet articleEnviron 7 min
illustration montrant une main humaine déchirant un document symbolisant l'arrêt de la corruption

Les visages de la corruption au quotidien

La corruption au Mali se manifeste de multiples façons, souvent banalisées par la population. Voici quelques exemples concrets :

  • Dans les administrations publiques : obtenir un service (permis, passeport, acte de naissance) nécessite souvent un cadeau pour accélérer la procédure.
  • Sur les routes : les contrôles policiers s’accompagnent fréquemment de demandes de paiements informels pour éviter des amendes ou des confiscations.
  • Dans le secteur privé : les entrepreneurs doivent souvent céder une partie de leurs bénéfices à des agents publics pour remporter des contrats.
  • Dans l’éducation et la santé : accéder à certains services (inscription à l’école, consultation médicale) peut exiger des favoritismes ou des paiements illégaux.

Selon Transparency International, la corruption se définit comme « le détournement à des fins privées d’un pouvoir confié en délégation ». Pourtant, au Mali, ces pratiques sont souvent perçues comme normales, voire nécessaires pour « faciliter les choses ».

Témoignages : la corruption, une réalité douloureuse

Myriam, directrice commerciale à Bamako, partage son expérience : « Chaque fois que je décroche un marché, les agents de l’administration en charge exigent un pourcentage en échange. C’est à prendre ou à laisser. » Elle avoue ne plus savoir comment tenir cette cadence, tant cette extorsion est devenue ancrée dans les mœurs.

Omar Keita, entrepreneur, raconte avoir dû payer 10 000 FCFA à un pompiste pour être servi après une journée d’attente. « J’ai été profondément blessé par cet acte, mais c’est devenu la norme. » Cette pratique, autrefois exceptionnelle, est désormais quotidienne et crée un cercle vicieux où la corruption se normalise.

Ousmane Diarra, chauffeur de taxi-moto, subit quotidiennement des contrôles policiers. « On m’arrête cinq à six fois par jour, même si je suis en règle. À chaque fois, il faut payer 1 000 ou 2 000 FCFA. C’est énorme ! » s’exclame-t-il.

Pourquoi la corruption s’installe-t-elle au Mali ?

Un problème sociologique et économique

Selon Mohamed Abdellahi Elkhalil, sociologue spécialiste du Sahel, la corruption au Mali est avant tout un phénomène sociologique et non culturel. « L’envie de vivre au-delà de ses moyens pousse à adopter ces pratiques. » Il souligne que cette banalisation menace directement la démocratie et l’économie du pays.

Oumar Korkosse, membre du Réseau des communicateurs traditionnels pour le développement au Mali (Recotrade), ajoute que la pauvreté et le chômage exacerbent le problème. « Quand les salaires sont bas ou irréguliers, les petits actes de corruption deviennent une source de revenus complémentaires pour survivre. »

Un manque de sanctions et de sensibilisation

Le Réseau malien de lutte contre la corruption alerte sur l’absence de sanctions réelles, ce qui encourage les abus. Contrairement à certains pays où les cadeaux sont strictement encadrés (comme dans le système des Nations Unies), au Mali, ces pratiques restent floues et non réglementées.

Me. Soumaré Boubacar, avocat au Barreau de Bamako, explique : « Quand une grande partie de la population doute de l’intégrité des institutions, la corruption devient une stratégie de survie. Tout le monde le fait, alors pourquoi pas moi ? »

Les chiffres qui parlent : le Mali parmi les pays les plus corrompus

Les données récentes confirment la gravité de la situation :

  • En 2024, le Mali obtient un score de 27/100 dans l’Indice de perception de la corruption (IPC) de Transparency International, le plaçant à la 135e position sur 180 pays.
  • En 2025, le score reste quasi identique (28/100), confirmant une persistance alarmante du phénomène.
  • Selon l’Afrobaromètre, les juges, les fonctionnaires, les policiers et les agents des impôts sont perçus comme les plus impliqués dans des affaires de corruption.
  • Le Worldwide Governance Indicators de la Banque mondiale indique que le Mali a un score de -0,86 en matière de contrôle de la corruption, bien en dessous de la moyenne mondiale (-0,04).
graphique illustrant la perception de la corruption au Mali entre 2015 et 2025

Agir contre la corruption : une urgence citoyenne

Face à cette réalité, des voix s’élèvent pour appeler à une prise de conscience collective. L’Association malienne de lutte contre la corruption et la délinquance financière (AMLCDF) insiste sur la nécessité de construire une conscience citoyenne basée sur l’éthique et le respect du bien commun.

Plusieurs pistes sont envisagées :

  • L’éducation : intégrer des modules sur l’intégrité et la lutte contre la corruption dans les programmes scolaires et universitaires.
  • La sensibilisation : utiliser les médias et les leaders religieux pour promouvoir des valeurs de transparence et de responsabilité.
  • Les sanctions : renforcer les lois et leur application pour dissuader les pratiques corruptives.
  • La société civile : encourager les initiatives locales et les associations à jouer un rôle actif dans la surveillance des institutions.

Comme le souligne l’AMLCDF, la lutte contre la corruption ne peut être uniquement juridique ou politique. Elle doit devenir une question morale pour l’ensemble de la société.

Conclusion : un appel à l’intégrité

La corruption au Mali, sous ses formes les plus légères en apparence, est un drame social qui mine les fondements du pays. Entre normalisation des pratiques et absence de sanctions, le cercle vicieux semble sans fin. Pourtant, des solutions existent : éducation, sensibilisation, sanctions et implication citoyenne.

Il est temps pour les Maliens de se réapproprier leur destin et de refuser ensemble ce fléau. Car, comme le rappelle un proverbe africain : « Un seul arbre ne fait pas une forêt, mais chaque arbre compte. »

Par Zara Hassane — Grand reporter

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