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Comprendre le débat autour de la phrase d’ousmane sonko sur le match France-Sénégal

Publié le 15 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Quand un responsable sénégalais relance le débat sur l’identité des joueurs de l’équipe de France

À la veille d’un match crucial opposant la France au Sénégal lors d’une Coupe du monde, une déclaration du président de l’Assemblée nationale sénégalaise a déclenché une polémique inattendue. Ousmane Sonko a affirmé que « quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique ». Cette phrase, apparue comme une simple observation panafricaniste pour certains, a rouvert une vieille blessure : celle qui consiste à réduire l’identité des joueurs noirs de l’équipe de France à leurs origines familiales plutôt qu’à leur nationalité française. Un discours qui, depuis des décennies, a été porté par des figures politiques et des supporters, mais qui résonne aujourd’hui avec une force particulière lorsqu’il est repris par un dirigeant africain de premier plan.

Écoutez cet articleEnviron 6 min
Portrait d'Ousmane Sonko, président de l'Assemblée nationale sénégalaise

Cette déclaration soulève une question centrale : de qui parle-t-on exactement ? L’équipe de France, qui s’apprête à affronter le Sénégal, est composée de citoyens français. La majorité de ses joueurs sont nés en France et ont grandi dans l’Hexagone ou dans les territoires ultramarins. Kylian Mbappé est né à Paris, Ousmane Dembélé à Vernon, Aurélien Tchouaméni à Rouen, et bien d’autres comme William Saliba, Ibrahima Konaté ou Rayan Cherki ont été formés dans les centres de formation français. Leur parcours, leur éducation et leur engagement sous le maillot bleu en font des représentants incontestables de la France, au même titre que n’importe quel autre citoyen français.

Une rhétorique aux racines anciennes

Pourtant, cette idée selon laquelle les joueurs noirs de l’équipe de France seraient avant tout africains et seulement ensuite français n’est pas nouvelle. Elle a été portée par des figures politiques françaises comme Jean-Marie Le Pen ou Éric Zemmour, qui ont, à plusieurs reprises, remis en cause la légitimité de ces joueurs à représenter la France. En 1996, Le Pen avait dénoncé une équipe de France composée de « joueurs étrangers naturalisés », une affirmation qui avait suscité une vague d’indignation. Didier Deschamps, alors capitaine de l’équipe, avait répondu avec fermeté : « Le Pen dit n’importe quoi. » Alain Juppé, alors Premier ministre, avait également apporté son soutien aux Bleus, saluant leur engagement pour la France.

Plus récemment, des supporters argentins, après les finales perdues par la France en 2018 et 2022, ont multiplié les chants affirmant que l’équipe de France était une équipe africaine. Ces propos, souvent dénoncés comme racistes, visaient à nier l’identité nationale des joueurs français en raison de leur couleur de peau. La déclaration d’Ousmane Sonko, bien que formulée différemment, repose sur la même logique : elle attribue une identité africaine à des joueurs français au seul motif de leurs origines familiales.

Football et identité : un débat récurrent

Le football, comme tout domaine sportif, ne sélectionne pas les joueurs en fonction de leur couleur de peau ou de leurs origines. Il choisit les meilleurs talents disponibles. Kylian Mbappé, Aurélien Tchouaméni ou William Saliba portent le maillot bleu parce qu’ils sont français et parce qu’ils sont parmi les meilleurs footballeurs de leur génération. La France n’a jamais demandé à ses joueurs de renier leurs racines ou leur histoire familiale. En revanche, elle leur a toujours demandé de représenter leur pays avec fierté, quelles que soient leurs origines.

Pour un responsable politique de la stature d’Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale sénégalaise, cette déclaration dépasse le simple cadre d’un match. Elle interroge sur la manière dont l’identité nationale est perçue, non seulement en Europe, mais aussi en Afrique. Pourquoi accepter que l’on attribue une identité africaine à des joueurs français, alors que l’on dénoncerait avec justesse une sélection française basée sur des critères ethniques ? Le football, comme la société, doit être un espace d’intégration et de représentation, où chacun est jugé sur ses compétences et son engagement, et non sur ses origines.

Un exemple historique illustre cette ambiguïté. Lors de la Coupe du monde 2002, le Sénégal avait battu la France avec une équipe composée en grande partie de joueurs évoluant dans des clubs français. Plusieurs d’entre eux, comme El-Hadji Diouf ou Henri Camara, étaient nés en France ou y avaient été formés. Bruno Metsu, l’entraîneur de l’époque, était lui-même français. Si l’on suit la logique d’Ousmane Sonko, cette victoire du Sénégal aurait-elle pu être considérée comme une victoire de la France ? Bien sûr que non. Parce que ces joueurs représentaient le Sénégal, tout comme les Bleus représentent aujourd’hui la France. L’identité nationale ne se réduit pas aux origines familiales. Elle se construit à travers un parcours, un engagement et une fierté à porter les couleurs d’un pays.

La déclaration d’Ousmane Sonko rappelle, malgré elle, que le débat sur l’identité et l’appartenance nationale reste d’une actualité brûlante. Elle invite à réfléchir sur la manière dont nous percevons les autres et nous-mêmes, dans le sport comme dans la société. Le football, en tant que miroir de nos valeurs, doit continuer à être un espace où chacun est jugé sur ses mérites, et non sur ses origines.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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