Choc en Coupe du Monde: l’Allemagne s’effondre face au Paraguay
Le football allemand a vécu l’un de ses jours les plus sombres ce lundi à Boston. La Mannschaft, pourtant annoncée comme une prétendante sérieuse au titre, a été éliminée de la Coupe du Monde dès les huitièmes de finale par une équipe du Paraguay tenace, après une séance de tirs au but haletante (1-1, 4-3 t.a.b.). Cette déroute marque une nouvelle page douloureuse dans l’histoire récente des quadruples champions du monde.
Pour la troisième fois consécutive, après les éditions de 2018 et 2022, l’Allemagne ne parvient pas à se hisser parmi les seize meilleures nations du tournoi. Plus grave encore, cette élimination aux tirs au but constitue une première historique en Coupe du Monde pour la sélection, brisant ainsi un mythe d’invincibilité dans cet exercice.
Une élimination amère et incompréhensible
L’ambiance dans la tribune de presse allemande témoignait de l’ampleur du désastre. Un confrère, visiblement abattu, a résumé la situation en un laconique : « C’est l’un des pires jours pour le football allemand. » Pendant ce temps, les supporters paraguayens exultaient, vêtus de leurs maillots et brandissant fièrement les couleurs de l’Albirroja.
Devant les médias, Joshua Kimmich, la mâchoire serrée, a tenté de trouver les mots pour expliquer ce fiasco :
« C’est terrible. Quand j’étais enfant, je regardais l’équipe nationale, toujours présente en demi-finale, en finale de Coupe du Monde. Il y a toujours eu de grands succès qui m’ont influencé. Et c’est une joie qu’on veut donner aux enfants et aux gens restés chez eux. On n’a pas réussi. »
La performance de Kimmich lui-même illustre les problèmes rencontrés par la Mannschaft. Habitué à un rôle de milieu de terrain au Bayern Munich, il a été aligné dans une position hybride, entre défenseur central, arrière droit et milieu récupérateur. Ce choix tactique a visiblement déséquilibré l’équipe, notamment sur le flanc droit où Leroy Sané, en grande difficulté, s’est retrouvé sans soutien.
Les choix tactiques de Julian Nagelsmann sous le feu des critiques
Face au bloc défensif compact du Paraguay, les Allemands ont manqué cruellement d’inspiration. La première période s’est déroulée sans la moindre occasion franche, et il a fallu attendre un but de la tête de Kai Havertz après la pause pour voir l’Allemagne réagir. Les tentatives se sont ensuite limitées à de longs ballons et des centres imprécis. Le gardien sud-américain, Orlando Gill, n’a d’ailleurs pas été excessivement sollicité.
Les remplacements effectués par le sélectionneur Julian Nagelsmann n’ont pas non plus apporté le souffle espéré. Le jeune entraîneur, jadis salué comme un prodige lors de ses débuts en Bundesliga avec Hoffenheim en 2016, est désormais la cible de vives critiques en Allemagne. Au-delà du résultat, ses choix tactiques, comme l’entrée de Goretzka à la mi-temps ou celle de Woltemade en fin de match, sont jugés incompréhensibles. La sélection de certains joueurs pour ce Mondial, tels que Jonathan Tah, Leroy Sané, et même le vétéran Manuel Neuer, est également remise en question.

Le retour de Manuel Neuer, à 40 ans, après sa retraite internationale, a particulièrement fait débat. Malgré une saison mitigée avec le Bayern Munich et la présence d’un Oliver Baumann pourtant convaincant dans les cages allemandes, Nagelsmann a choisi de l’inclure dans l’effectif. Un observateur avisé avait déjà prévenu avant la rencontre : « Neuer était aussi de l’échec en 2018 et 2022 en ayant été sélectionné au dernier moment. C’est une grosse erreur de l’avoir pris. »
« Et c’est quelque chose qui a perturbé le groupe, assure-t-il. Autant les joueurs du Bayern étaient en faveur de son retour en sélection, autant les autres beaucoup moins. Manuel Neuer ne faisait même pas partie des six meilleurs gardiens cette saison en Bundesliga. On ne pourra pas aller loin avec lui au Mondial. »
Malgré ces réserves, Manuel Neuer a réalisé une prestation honorable, effectuant deux belles parades et stoppant même le cinquième tir au but paraguayen, relançant un instant le suspense. En vain.
L’avenir incertain de Nagelsmann
Au-delà des performances individuelles de Neuer, Sané ou Tah, c’est l’autorité et la vision de Nagelsmann qui sont désormais remises en question. Après cette humiliation à Boston, la question de son avenir à la tête de la sélection s’est posée avec acuité. Le sélectionneur a affiché une certaine résilience :
« Je ne suis pas du genre à fuir. Ce n’est pas la première fois que nous vivons ce genre de tournoi. Il y a des choses qu’il faut changer d’une manière ou d’une autre, mais ce n’est pas le moment d’en parler. Si la Fédération veut que je continue, je continuerai. Et si elle ne le veut pas, elle peut me le dire. Je sais comment le football fonctionne. Il y a probablement beaucoup de monde qui aimerait que je ne continue pas. »
Malgré un échange tendu avec un journaliste allemand après le match, Nagelsmann a pu compter sur le soutien de son capitaine, Joshua Kimmich, qui l’avait déjà côtoyé à Munich : « Je pense que les Allemands ont besoin de quelque chose dont ils puissent être fiers en ce moment. Malheureusement, ce n’est pas l’équipe nationale. Nous, les joueurs sur le terrain, nous avons commis des erreurs et nous en assumons la responsabilité. Ce n’était pas l’entraîneur, ce n’était pas les médias, ce n’était pas l’arbitre, ce n’était pas l’adversaire. C’était nous. » Une déclaration qui, si elle décharge le coach, ne change rien à la déception immense qui frappe l’Allemagne, tandis que la France (ou la Suède) peut se frotter les mains.