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Centrafrique : l’horreur wagnérienne sous le regard impuissant du pouvoir

Publié le 13 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane
Reportage exclusif

Centrafrique : l’horreur wagnérienne sous le regard impuissant du pouvoir

Des exécutions sommaires et des décapitations filmées en public par des mercenaires de Wagner. L’opposition et la société civile centrafricaines multiplient les appels au retrait de ces forces, détentrices d’un permis de tuer accordé par le gouvernement. Retour sur une semaine de juillet où la terreur a encore frappé au cœur de la République centrafricaine.

Écoutez cet articleEnviron 4 min
  • Politique
Exactions attribuées aux mercenaires de Wagner en Centrafrique

Les images ont fait le tour des réseaux sociaux et glacé le sang des Centrafricains. Le 8 juillet, une scène d’une barbarie inouïe s’est jouée dans l’arrière-pays, où des mercenaires de Wagner ont tendu une embuscade à des combattants venus se désarmer. Après les avoir exécutés froidement, les hommes de Prigojine ont décapité leurs victimes, disposant les têtes sur un tapis comme une macabre exposition. Les cris du chef du groupe ont résonné sur les vidéos : « Vous ne voulez pas la paix ? C’est maintenant. Égorgez chaque personne ! » Ces pratiques rappellent les exactions des groupes djihadistes, habitués à mettre en scène leurs cruautés.

La violence, routine insoutenable pour la population

Parmi les victimes figuraient des membres de groupes armés et des civils, dont un chef de village venu assister à une opération officielle de désarmement. Les mercenaires ont transformé cette mission en boucherie, illustrant une fois de plus l’impunité dont bénéficient les Wagner en République centrafricaine. Depuis les années 1990, le pays est qualifié de « non-État » ou d’« État fantôme », ballotté entre coups d’État, mutineries et instabilité chronique. La Mission de l’ONU (Minusca) tente, sans succès, de contenir l’embrasement, tandis que les exactions des Wagner s’ajoutent à une violence endémique déjà ingérable.

Les autorités centrafricaines, sous la présidence de Faustin-Archange Touadéra, ont validé un permis de tuer pour ces mercenaires, qui agissent désormais comme une structure parallèle. Leurs prérogatives s’étendent à l’armée, la police, la justice et même la gestion de l’aéroport de Bangui. Les disparitions forcées, les tortures et les crimes impunis se multiplient, au point que certains observateurs estiment que les Wagner gouvernent davantage que le pouvoir en place.

Wagner, symbole d’un ordre colonial renouvelé

En Centrafrique, le groupe n’a pas adopté la nouvelle appellation « Africa Corps » après la mort de son fondateur, Evgueni Prigojine. Les mercenaires russes cultivent leur image originelle, comme un hommage à leur chef disparu. Une statue à sa gloire a même été érigée, et son anniversaire est célébré chaque année par des soldats centrafricains aux côtés de leurs « partenaires » wagnériens. Cette situation évoque une forme inédite d’ordre colonial, où la terreur s’institutionnalise.

Face à l’indignation suscitée par les vidéos du 8 juillet, l’opposition et la société civile ont exigé le retrait immédiat des Wagner. Mais les autorités centrafricaines, liées à Moscou par des accords opaques, maintiennent leur soutien à ces forces. Lors d’une réunion en 2022, un ministre avait osé évoquer les risques politiques liés à la présence des mercenaires. La réponse du président Touadéra fut sans ambiguïté : « Nous avons besoin des Russes. C’est grâce à eux que nous gardons le pouvoir. »

Quatre ans plus tard, la Centrafrique est devenue un territoire où la loi du plus fort règne, et où la communauté internationale semble avoir tourné la page sur ce drame humanitaire. Entre nulle part et adieu, le pays s’enfonce dans l’oubli, sous le joug d’une terreur méthodiquement orchestrée.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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