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Casamance : l’armée sénégalaise frappe les réseaux de cannabis, la rébellion s’effondre

Publié le 15 mai 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Au cœur de la Casamance, cette région du sud du Sénégal séparée du reste du pays par la Gambie, les forces de sécurité mènent depuis début mai une vaste opération anti-cannabis. Soldats, gendarmes et chiens renifleurs ont détruit des plantations illégales près de la frontière gambienne, où le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) opère depuis décembre 1982. Cette initiative marque un nouveau chapitre dans un conflit vieux de 43 ans, bien que la rébellion indépendantiste soit aujourd’hui considérablement affaiblie.

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L’intervention, menée par des unités spécialisées, s’est déroulée sans encombre majeur. Quatorze individus ont été interpellés, plusieurs armes de guerre saisies et plus de six tonnes de cannabis détruites, selon les déclarations du colonel Cheikh Guèye, commandant des troupes en Casamance. Cette région, composée de trois départements dont Ziguinchor, reste l’épicentre d’un conflit de basse intensité qui a déjà causé des milliers de victimes.

une rébellion en déclin face à une armée renforcée

Les experts du dossier confirment que le MFDC subit une crise profonde. « Aujourd’hui, il ne s’agit plus que de groupes résiduels, incapables de recruter de nouveaux combattants ou d’acquérir des armes en quantité suffisante », explique un analyste politique sous couvert d’anonymat. La rébellion est également minée par des divisions internes entre factions politiques et militaires, ainsi que par un approvisionnement logistique de plus en plus difficile. Les pays voisins comme la Gambie et la Guinée-Bissau, autrefois refuges pour les rebelles, collaborent désormais avec Dakar pour endiguer ces activités.

Un autre facteur explique cet affaiblissement : la perte progressive du soutien des communautés locales, autrefois porteuses de la cause indépendantiste. « Les populations, désillusionnées par des décennies de violence, aspirent désormais à la paix et à la stabilité », confie une figure influente de la société civile casamançaise. L’arrivée au pouvoir de dirigeants politiques originaires de Casamance, comme le Premier ministre Ousmane Sonko, a également contribué à apaiser les tensions. « Les habitants ont le sentiment d’une reconnaissance enfin accordée à leur région, ce qui réduit l’attrait pour les discours indépendantistes », précise-t-elle.

le cannabis, nouvelle menace à éradiquer

Le Premier ministre a récemment rappelé que le MFDC « n’a pas contrôlé un seul village en plus de 40 ans de lutte ». Pourtant, les violences persistent, notamment dans le Nord Sindian, près de la frontière gambienne. Les récents affrontements ont coûté la vie à trois militaires lors d’une explosion accidentelle début mars, tandis qu’un soldat avait été tué et six autres blessés dix jours plus tôt. En novembre 2025, un militaire enlevé pendant sept mois par une faction armée avait finalement été libéré.

Le cannabis apparaît comme le nouveau moteur du conflit. « Cette culture illégale finance les activités des bandes armées et alimente leur capacité à mener des opérations criminelles », souligne le colonel Guèye. L’opération de mai visait précisément à « frapper au cœur leur économie de guerre ». Le Premier ministre a d’ailleurs annoncé que les autorités engageront « tous les moyens nécessaires » pour éradiquer cette culture, tout en maintenant une main tendue vers les factions rebelles. « Nous ne tolérerons aucun compromis sur l’intégrité territoriale du Sénégal », a-t-il martelé.

un territoire enclavé, terreau des trafics

La zone frontalière avec la Guinée-Bissau, bien que plus calme depuis la destruction des bases rebelles en 2021, reste un foyer de tensions. Le Nord Sindian, avec sa forêt dense et son isolement géographique, offre un terrain propice aux activités illicites. « Malgré ses ressources agricoles et forestières abondantes, la population locale peine à écouler sa production faute d’infrastructures routières », explique Mamadou Sadio, ancien membre d’une unité d’élite de l’armée. Certains habitants dépendent même du trafic de cannabis pour survivre, allant jusqu’à solliciter des avis religieux sur la légitimité de cette culture.

Malgré des avancées encourageantes, comme le troisième anniversaire d’un accord de paix signé entre une faction rebelle et le gouvernement près de Ziguinchor, ou un autre accord conclu en février 2025 avec une autre faction à Bissau, la pacification reste incomplète. « De nombreux réfugiés et déplacés regagnent progressivement leurs villages, mais la question de la désarmement total se pose toujours », confie la même source de la société civile. « Certains éléments armés refusent encore de déposer les armes, prolongeant ainsi une insécurité latente dans la région. »

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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