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Cameroun : une dette flottante record à 1,8 milliard de dollars au premier trimestre 2026

Publié le 23 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Avec un stock d’arriérés intérieurs atteignant près de 1,8 milliard de dollars à la fin du premier trimestre 2026, le Cameroun fait face à un déséquilibre financier persistant entre les engagements contractés et les paiements réellement effectués par le Trésor public. Ce niveau record de dette flottante, composée de factures non réglées dans les délais légaux, impacte directement les fournisseurs, prestataires et créanciers nationaux. À Yaoundé, cette situation relance les interrogations sur la rigueur de la gestion budgétaire et les capacités réelles de l’État à honorer ses obligations dans un contexte de contraction des financements externes.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Une dette flottante devenue le thermomètre des tensions budgétaires

Si le phénomène des arriérés intérieurs n’est pas inédit au Cameroun, son ampleur actuelle reflète une dégradation significative. Avec 1,8 milliard de dollars, cette dette représente une part conséquente des dépenses publiques annuelles, hors remboursement de la dette et salaires. L’État, confronté à des contraintes de trésorerie, retarde délibérément le règlement de certaines dettes pour préserver ses équilibres financiers, reportant ainsi le poids de ces obligations sur le secteur privé local. Cette stratégie, courante dans l’espace CEMAC, équivaut à un emprunt forcé auprès des entreprises camerounaises.

Les conséquences se répercutent en cascade sur les créanciers, majoritairement des PME. Les retards de paiement entraînent des difficultés à honorer les engagements bancaires, perturbent la gestion des salaires et fragilisent la santé financière de ces acteurs économiques. Les banques, exposées via leurs prêts aux fournisseurs de l’État, voient leur taux de créances douteuses augmenter mécaniquement. Les autorités monétaires, notamment la Beac et la Commission bancaire de l’Afrique centrale, suivent de près cette interconnexion entre les finances publiques et l’équilibre des établissements financiers.

Un signal d’alerte pour les investisseurs et les institutions financières

L’annonce de ce niveau record intervient alors que le Cameroun négocie la prolongation de son programme avec le Fonds monétaire international et multiplie les émissions de titres publics sur le marché régional de la Beac. Pourtant, la dette flottante est un indicateur clé pour les bailleurs de fonds, au même titre que la dette publique officielle. Son accumulation révèle des dysfonctionnements dans la chaîne de dépense, de l’engagement à l’exécution, et alimente les doutes sur la gouvernance économique du pays.

Les tentatives passées de résorption des arriérés ont donné des résultats mitigés. Plutôt que de diminuer, le stock de dette flottante se reconstitue d’un trimestre à l’autre. Depuis plusieurs années, des institutions comme la Banque mondiale et le FMI recommandent des mesures structurelles : audits systématiques des arriérés, limitation des engagements non maîtrisés et modernisation du système de gestion des finances publiques.

Les répercussions sur l’économie réelle et les marchés publics

Au-delà des chiffres macroéconomiques, la dette flottante entrave le fonctionnement de la commande publique. Les entreprises, conscientes des retards de paiement, intègrent une marge de risque dans leurs propositions, ce qui renchérit le coût des marchés publics. Certaines renoncent même à soumissionner, réduisant ainsi la concurrence et la qualité des prestations. Paradoxalement, le secteur productif national, censé bénéficier de l’effet levier de la dépense publique, en subit les effets pervers.

Le secteur du BTP, principal créancier de l’État pour les infrastructures, illustre parfaitement cette dynamique. Les retards sur les chantiers routiers, le ralentissement des projets d’équipement et l’accumulation de contentieux devant les tribunaux administratifs génèrent des coûts indirects qui s’ajoutent au montant nominal des arriérés. Les secteurs de la santé et de l’éducation, également touchés par ces retards de paiement, subissent des perturbations dans leurs approvisionnements.

La question de l’avenir de cette dette flottante reste entière. Le gouvernement camerounais a promis de ramener ce stock à un niveau compatible avec les engagements régionaux et internationaux. Pourtant, avec une croissance économique modérée et des recettes fiscales sous tension en 2026, l’objectif s’avère complexe. Sans une refonte profonde de la chaîne de dépense, la dette flottante pourrait bien devenir un marqueur permanent de la fragilité budgétaire du Cameroun, première économie de la CEMAC.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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