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Cameroun : pourquoi les chantiers en coulisses bloquent le remaniement ministériel

Publié le 3 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane
Paul Biya, président du Cameroun, échange avec Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, en présence de Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil, à l'aéroport international de Yaoundé. Photo prise en octobre 2024.

À Yaoundé, les couloirs du pouvoir camerounais bruissent de rumeurs persistantes. Depuis plusieurs semaines, le projet de remaniement ministériel, maintes fois évoqué, peine à aboutir. Les raisons ? Des chantiers politiques en coulisses qui monopolisent l’attention des plus hauts responsables de l’État. Parmi les acteurs centraux de ces manœuvres, on retrouve Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, et Paul Biya, président en exercice, dont les échanges réguliers alimentent les spéculations.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Des négociations internes qui s’éternisent

Le processus de remaniement, bien que souhaité par une partie de la classe politique, se heurte à des obstacles invisibles. Les discussions entre les différents clans au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) révèlent des divergences profondes. Certains membres du gouvernement actuel freinent des quatre fers, craignant une remise en cause de leurs prérogatives. D’autres, au contraire, poussent pour un renouvellement rapide, arguant de la nécessité de dynamiser l’action publique.

Les observateurs s’interrogent : ces tensions latentes sont-elles le fruit d’une simple divergence d’opinions ou d’un calcul plus stratégique ? Une chose est sûre, Paul Biya, malgré son âge avancé, reste le seul à même de trancher. Mais sa lenteur apparente dans la prise de décision laisse penser que les enjeux dépassent le cadre d’un simple remaniement.

Les chantiers prioritaires qui monopolisent l’agenda

Plusieurs dossiers sensibles accaparent l’attention des décideurs camerounais. Parmi eux :

  • La réforme constitutionnelle, un sujet qui divise autant qu’il mobilise. Les discussions portent notamment sur la limitation des mandats et la question de la succession présidentielle, un thème particulièrement sensible dans un contexte où le président Biya approche des 90 ans.
  • La gestion des ressources pétrolières, avec des négociations tendues autour des nouveaux contrats d’exploitation. Ces enjeux économiques pourraient expliquer en partie le retard pris sur le remaniement.
  • Les relations avec les partenaires internationaux, notamment la France et la Chine, dont les attentes en matière de stabilité politique pèsent sur les décisions internes.

Ces priorités, bien que légitimes, freinent indéniablement les réformes administratives, dont le remaniement ministériel fait partie. Les ministères clés, comme ceux des Finances ou de la Défense, voient leurs responsables actuels rester en poste malgré les critiques grandissantes.

Un équilibre politique précaire

Dans les coulisses du palais présidentiel, chaque mot compte. Ferdinand Ngoh Ngoh, souvent décrit comme l’un des hommes de confiance de Paul Biya, joue un rôle pivot dans ces négociations. Son influence s’étend bien au-delà de la simple gestion administrative : il est perçu comme l’architecte des compromis nécessaires pour éviter une crise ouverte au sein du régime.

Pourtant, même lui semble désarmé face à l’ampleur des défis. Les rumeurs de divisions au sommet de l’État se multiplient, alimentées par des fuites répétées dans la presse. Certains y voient le signe d’une stratégie délibérée pour tester les réactions avant une annonce officielle, d’autres évoquent une simple paralysie des institutions.

Ce qui est certain, c’est que le Cameroun, malgré une croissance économique encourageante, reste prisonnier de ses propres contradictions. Entre les attentes d’une jeunesse en quête de changement et la prudence d’un régime habitué à la longévité, le remaniement ministériel se transforme en un casse-tête politique.

En attendant, les Camerounais assistent, impuissants, à cette valse des reports. Les ministères continuent de fonctionner au ralenti, et les promesses de renouveau s’éloignent un peu plus chaque jour.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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