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Cameroun : opacité persistante sur 97% des subventions publiques

Publié le 7 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

La transparence des comptes publics au Cameroun se heurte à un manque d’informations criant. Pour l’année budgétaire 2024, la Chambre des comptes, rattachée à la Cour suprême, n’a pu suivre que 3% des aides financières octroyées par l’État aux entreprises publiques. Ce pourcentage, mis en lumière dans son rapport annuel sur l’application de la loi de finances, révèle l’étendue des lacunes informatives qui entravent la mission de certification du contrôle financier camerounais.

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Le défi de la traçabilité des fonds publics transférés

L’instance de contrôle financier, dont la mission est de vérifier les bilans de l’État et des institutions publiques, fonde ses analyses sur les documents justificatifs fournis par les gestionnaires et les entités recevant les fonds. Cependant, sur l’ensemble des appuis financiers alloués en 2024 au secteur public camerounais, seule une fraction minime a pu être associée à un destinataire précis et à une utilisation clairement attestée. Les 97% restants échappent, de fait, à toute inspection par les juges des comptes.

Cette statistique est loin d’être anodine. Elle met en évidence un problème fondamental de gouvernance : la faculté de l’État à superviser la manière dont sont employées les ressources qu’il alloue à ses différentes structures. Chaque année, les entreprises nationales, les établissements publics administratifs et les entités stratégiques ou à participation majoritaire perçoivent des montants substantiels, désignés comme subventions d’équilibre, dotations pour investissements ou compensations tarifaires.

Le secteur parapublic camerounais face aux contraintes budgétaires

Le Cameroun dispose d’un vaste secteur parapublic, regroupant des dizaines d’entreprises œuvrant dans des domaines cruciaux tels que l’énergie, les hydrocarbures, les transports, les télécommunications, l’agro-industrie et l’eau. Nombre de ces entités, à l’instar de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), de Camair-Co ou de la Sonara, dépendent intrinsèquement de l’aide publique pour leur fonctionnement quotidien ou pour régler leurs dettes, leurs problèmes financiers étant souvent débattus au plus haut niveau de l’État.

Face à la pression exercée sur les finances de l’État et à l’impératif de maintenir le déficit budgétaire dans les limites fixées par le Fonds monétaire international (FMI) via le programme actuel, une gestion rigoureuse des subventions s’impose comme une priorité politique. Le plan économique et financier, soutenu par les institutions de Washington, souligne l’importance cruciale de la clarté des transactions entre le Trésor public et les organismes d’État, élément indispensable pour une gestion fiable du processus de consolidation.

Ces observations de la Chambre des comptes surviennent alors que Yaoundé a pris l’engagement, dans le cadre des réformes de la gestion des finances publiques, d’améliorer la transmission des données comptables des entreprises publiques. La mise en place, en 2017, d’une direction spécifiquement chargée du suivi du portefeuille de l’État au sein du ministère des Finances visait précisément à renforcer cette surveillance. Cependant, les effets concrets de cette mesure se font attendre.

L’opacité des subventions : un défi pour la souveraineté budgétaire

Bien au-delà de la simple comptabilité, cette incapacité à justifier l’affectation et l’utilisation réelle de la quasi-totalité des aides publiques compromet plusieurs initiatives stratégiques. Elle réduit l’impact des discussions parlementaires sur la loi de règlement, diminue le rôle d’alerte de la Cour suprême et prive les partenaires financiers internationaux, notamment la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), d’informations fiables pour ajuster leurs soutiens budgétaires.

Pour les investisseurs privés, en particulier ceux impliqués dans des collaborations public-privé ou des accords de concession avec des organismes publics camerounais, ce manque de clarté représente un risque supplémentaire. La crédibilité de la signature souveraine est également évaluée à l’aune de l’efficacité du système de contrôle interne des transferts budgétaires. Néanmoins, en rendant publiques ces conclusions, la Chambre des comptes affirme son rôle de sentinelle et appelle ouvertement à une conformité accrue.

Le message transmis à l’exécutif est sans équivoque : sans une amélioration significative de la transmission des données, l’approbation des comptes de l’État restera incomplète. En pratique, cela implique l’adoption généralisée d’un cadre comptable uniforme pour toutes les entreprises publiques, la sécurisation des systèmes d’information budgétaire et l’application stricte des sanctions prévues pour les responsables en faute.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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