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Cameroun : l’absence prolongée de Paul Biya intensifie les interrogations sur la gouvernance

Publié le 24 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Au Cameroun, l’absence prolongée du président Paul Biya, le doyen des chefs d’État mondiaux, suscite un vif débat national. Âgé de 93 ans et à la tête du pays depuis 1982, le dirigeant a quitté le sol camerounais il y a 48 jours, le 7 juin, pour un « court séjour privé en Europe » en compagnie de son épouse, Chantal Biya, selon les communications officielles.

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Les rumeurs concernant l’état de santé de M. Biya, habitué des séjours réguliers à Genève, refont surface avec insistance. Bien que le gouvernement ait tenté de les dissiper par le passé, la persistance des spéculations est palpable. En réaction à des publications médiatiques, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, avait d’ailleurs publié un démenti le 18 juin, niant toute hospitalisation du président camerounais dans une clinique genevoise.

Pour l’opposition, cette absence présidentielle met en lumière un « vide institutionnel criant », comme l’a formulé Mamadou Mota, vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), dans une déclaration publique récente.

Le Cameroun en « pilotage automatique » ?

Face à cette situation, Patricia Tomaïno Ndam Njoya, présidente de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), a interpellé le gouvernement à la mi-juillet, demandant l’établissement d’une « procédure impartiale de constatation de l’empêchement temporaire ou définitif » du chef de l’État. Cependant, James Fame Ndongo, une figure influente du parti présidentiel et ministre de l’Enseignement supérieur, a rejeté les allégations de vacance du pouvoir, affirmant que le président « suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent (…) ses collaborateurs », où qu’il se trouve.

Ces controverses autour de la vacance du pouvoir au Cameroun ne sont pas nouvelles, la dernière remontant à fin 2024, lorsque M. Biya avait déjà passé une cinquantaine de jours hors du pays. Le Social Democratic Front (SDF), un autre parti d’opposition, a ironiquement déclaré que le pays fonctionnait en « pilotage automatique », illustrant le sentiment généralisé.

Ces multiples absences, observées depuis plus de deux décennies, alimentent une frustration grandissante au sein de la population face à une certaine inertie gouvernementale. Viviane Ondoua Biwolé, professeure en management public à l’université de Yaoundé, souligne l’« épuisement d’attente » des citoyens. Elle explique cette lassitude par la longévité record de l’actuel gouvernement (huit ans) et le sentiment que, après des élections aux résultats contestés, le moment serait propice au renouvellement politique.

La réélection de M. Biya pour un huitième mandat en octobre 2025 avait d’ailleurs été marquée par des manifestations violemment réprimées, le gouvernement ayant reconnu « plusieurs dizaines » de morts sans en préciser le bilan. Les résultats, vivement contestés par l’opposition, avaient également suscité une certaine réserve au sein des chancelleries occidentales.

Malgré l’annonce du président, dans son discours à la Nation du 31 décembre, de former une nouvelle équipe gouvernementale « dans les prochains jours », sept mois se sont écoulés sans aucune nomination. À cela s’ajoutent les reports successifs des élections municipales et législatives, prolongeant sine die le mandat des élus en place.

L’énigme de l’« après-Biya »

Le pouvoir camerounais a pourtant initié des réformes institutionnelles récentes, avec le remplacement des présidents des deux chambres du parlement en mars, suivi par la création d’un poste de vice-président via une réforme constitutionnelle début mai. Néanmoins, près de trois mois après cette réforme, aucun vice-président n’a été nommé, nourrissant inévitablement les spéculations.

En juin, une tentative de désinformation a même eu lieu lorsqu’un individu a tenté de déposer un faux décret présidentiel de nomination du vice-président à la radio publique de Yaoundé. Le document, bien que muni des sceaux de la présidence et d’une signature attribuée à M. Biya, n’a pas dupé les journalistes, mais a contribué à l’effervescence des rumeurs.

Ces manœuvres institutionnelles ne font qu’amplifier les interrogations sur l’ère de l’« après-Biya » et semblent accélérer une course à la succession encore entourée d’un épais brouillard. « Il y a, de manière plus ou moins visible, une crise qui existe au sommet de l’État entre les proches du président », affirme Mme Ondoua Biwolé.

Le politologue Stéphane Akoa confirme cette analyse : « De plus en plus d’indiscrétions font état de querelles entre les différents clans dans son entourage ». Derrière l’un de ces « clans », l’ombre de Chantal Biya, la Première dame, se fait de plus en plus présente dans les affaires de l’État, « son nom étant souvent cité dans les prises de décisions et les nominations au sommet de l’État », observe M. Akoa.

En l’absence de nomination d’un vice-président, la Constitution prévoit que le président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, assure l’intérim en cas de vacance du pouvoir, en attendant l’organisation d’une élection présidentielle.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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