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Cameroun : 488 km de routes goudronnées chaque année pour booster les infrastructures

Publié le 13 juin 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba

Depuis 2020, le Cameroun réalise un exploit notable en matière d’infrastructures routières : près de 488 kilomètres de routes sont goudronnés chaque année, jusqu’à la fin de l’année 2025. Cette performance, saluée par les autorités de Yaoundé, s’inscrit dans une stratégie ambitieuse visant à combler le retard accumulé dans ce domaine. En effet, malgré son importance économique, le réseau routier revêtu reste minoritaire face à l’étendue du territoire et aux besoins logistiques croissants de la sous-région.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Un bond significatif pour le réseau routier national

Sur la période 2020-2025, ce sont ainsi plus de 2 928 kilomètres de chaussées qui ont été asphaltés, selon les chiffres officiels. Cette avancée majeure concerne aussi bien les grands axes interurbains que les pénétrantes urbaines ou les routes régionales. Le goudronnage, au Cameroun, dépasse le simple cadre technique : il représente un levier politique et économique essentiel. Il facilite l’accès aux zones agricoles productives, optimise les corridors d’exportation et améliore la desserte des régions isolées du Nord et de l’Est.

Historiquement dominé par les pistes en terre, le réseau routier camerounais voit désormais sa structure se renforcer. Même si cette cadence annuelle de 488 kilomètres marque une nette progression par rapport aux années précédentes – souvent marquées par des retards sur les chantiers financés par des partenaires internationaux –, le ratio entre routes goudronnées et réseau total reste en deçà des standards observés dans d’autres pays de la CEMAC. Cette situation maintient une pression constante sur les décideurs publics.

Des corridors stratégiques pour l’économie régionale

L’impact de cette politique dépasse largement les frontières camerounaises. En effet, le Cameroun sert de plaque tournante logistique pour le Tchad et la République centrafricaine, deux pays enclavés dont les échanges passent majoritairement par le port de Douala. Chaque kilomètre de route asphaltée sur les axes Douala-N’Djamena ou Douala-Bangui permet de réduire les coûts de transport, les délais de livraison et les risques pour les marchandises. Les professionnels du secteur portuaire et routier ajustent leurs tarifs en fonction de la qualité des chaussées, dont l’usure accélérée en saison des pluies pèse lourdement sur les marges des entreprises.

Cette dynamique s’inscrit également dans le cadre du plan de développement national à l’horizon 2030, qui fait de l’amélioration du réseau routier un prérequis pour l’industrialisation du pays. Les zones agro-industrielles du Sud-Ouest, du Littoral et du Grand Nord dépendent fortement de la qualité des liaisons routières pour acheminer leurs productions vers les marchés locaux et les ports d’exportation. Par ailleurs, la qualité des infrastructures routières influence directement l’attractivité des investisseurs, notamment dans les secteurs minier et forestier, qui évaluent la facilité d’évacuation des ressources.

Financement et entretien : les défis à relever

Derrière ces chiffres impressionnants se pose la question du financement des infrastructures routières. Les projets au Cameroun reposent sur un mélange de fonds publics nationaux, de prêts concessionnels émanant d’institutions comme la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement, ainsi que de financements chinois via Eximbank China. Bien que cette diversité de sources permette de mobiliser rapidement des budgets importants, elle alourdit également le service de la dette publique et exige une gestion rigoureuse des finances pour préserver les marges de manœuvre futures.

La durabilité de ce rythme de construction dépendra de la capacité du gouvernement à honorer ses engagements envers les entreprises chargées des travaux, plusieurs d’entre elles ayant déjà signalé des retards de paiement ces dernières années. L’entretien des routes constitue un autre enjeu crucial : sans un budget pérenne pour le Fonds routier et sans une stratégie d’entretien systématique, les kilomètres goudronnés se dégradent en seulement cinq à sept ans, transformant un investissement initial en un fardeau latent. Les autorités ont d’ailleurs annoncé des mesures pour renforcer les mécanismes de péage et de prélèvements dédiés, afin de garantir les ressources nécessaires à l’entretien.

Reste à savoir si le Cameroun parviendra à maintenir, voire à accélérer, ce rythme de 488 kilomètres par an dans un contexte budgétaire tendu. Les besoins en infrastructures, notamment dans les zones rurales, restent immenses et appellent une planification rigoureuse.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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