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Caisse des Dépôts et Consignations : un levier stratégique de financement infrastructurel pour le Cameroun

Publié le 16 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane
Economie

Caisse des Dépôts et Consignations : un levier stratégique de financement infrastructurel pour le Cameroun

« Le Cameroun, comme la majorité des économies africaines, fait face depuis plusieurs années à une contraction de l’accès aux financements extérieurs traditionnels (prêts concessionnels multilatéraux, […]

Écoutez cet articleEnviron 8 min
Armand Djaleu
|16 juillet 2026|6 min de lecture
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« Le Cameroun, comme la majorité des économies africaines, fait face depuis plusieurs années à une contraction de l’accès aux financements extérieurs traditionnels (prêts concessionnels multilatéraux, aide publique au développement, marchés obligataires internationaux devenus plus onéreux). Dans ce contexte, la mobilisation de l’épargne intérieure, publique et privée, devient un impératif stratégique. C’est précisément la fonction que remplit la Caisse des Dépôts et Consignations (CDEC), opérationnalisée le 20 janvier 2023 par décret présidentiel, quinze ans après sa création juridique par la loi de 2008 », explique l’observateur Patrick Duprix Anicet Mani.

 

Lire ici son texte :

 

  1. Un modèle éprouvé : les enseignements de la Caisse des Dépôts française

L’expérience française démontre qu’une caisse de dépôts peut transformer une épargne dormante en outil de développement structurel, à travers trois mécanismes :

– La centralisation de ressources réglementées

(Livret A, fonds notariaux, comptes inactifs) auprès d’un établissement public sécurisé

– La transformation de dépôts court terme en prêts long terme, adossée à la garantie de l’État

– L’effet de levier : chaque euro d’épargne centralisée finance des infrastructures structurantes (logement social, rénovation urbaine, fibre optique, transports)

La CDEC camerounaise reproduit cette architecture : elle a pour mission de collecter, sécuriser et rentabiliser sur le long terme des ressources généralement oisives, en les orientant vers l’accompagnement des politiques publiques.

  1. L’état d’avancement de la CDEC : une montée en puissance mesurable

Les données disponibles attestent d’une dynamique déjà engagée :

Cadre juridique et catégories de ressources mobilisables

La loi de 2008 et son décret d’application de 2011 structurent les ressources de la CDEC en quatre catégories : les dépôts (fonds de notaires, comptes bancaires inactifs), les consignations administratives (cautionnements sur marchés publics), les consignations judiciaires (mise en liberté, règlements judiciaires) et une quatrième catégorie assimilée.

Mécanisme coercitif de collecte

Un décret du Premier ministre du 1er décembre 2023 a imposé aux banques, assurances, notaires et greffes un délai de transfert de leurs fonds consignés, sous peine d’audits externes et d’intérêts de retard calculés sur le taux de facilité de prêt marginal de la BEAC majoré de deux points, un dispositif juridique contraignant qui sécurise la montée en charge de la ressource.

Résultats à trois ans

Le directeur général Richard Evina Obam a annoncé une centralisation de plus de 151 milliards de FCFA (environ 260 millions USD) trois ans après l’opérationnalisation , un montant significatif mais qui reste, en proportion, très inférieur au potentiel identifié (des estimations antérieures évoquaient plus de 1 000 milliards de FCFA en déshérence dans le système bancaire).

  1. Le vecteur de transformation en outil infrastructurel : la filiale bancaire

L’élément le plus déterminant pour l’ambition infrastructurelle est le projet de filiale bancaire dédiée, dont l’étude de faisabilité a été lancée en février 2025. Cette filiale est explicitement conçue pour :

– Accompagner l’État, les collectivités territoriales décentralisées (CTD) et les entreprises dans la levée de fonds pour financer les infrastructures

– Soutenir les PME souhaitant participer à la commande publique

– Faciliter les introductions en bourse et l’évaluation d’opportunités d’affaires

– Proposer des produits de long terme (prêts, garanties, crédit-bail) adaptés aux acteurs camerounais

C’est cette fonction qui rapproche structurellement la CDEC du modèle Banque des Territoires de la CDC française : passer d’un simple dépositaire de fonds réglementés à un investisseur patient de long terme dans l’économie réelle.

  1. Domaines d’application potentiels au Cameroun

– Exemple : Logement

En France : Prêts HLM sur fonds d’épargne

Au Cameroun: Financement du logement social, programme des 10 000 logements

– Exemple: Infrastructures urbaines

France: ANRU, Grand Paris Express

Cameroun: Voirie urbaine, assainissement de Yaoundé/Douala

– Exemple: Numérique

France: Fibre optique en zone rurale

Cameroun: Extension de la couverture haut débit hors métropoles

– Exemple: Collectivités

France: Prêts aux communes

Cameroun: Financement des CTD, en appui de la décentralisation

– Exemple: Transport

France : Concessions autoroutières

Cameroun: Corridors routiers, port de Kribi, hub ferroviaire

  1. Conditions de réussite et points de vigilance

L’analyse comparative fait toutefois ressortir des préalables incontournables, sans lesquels la CDEC risquerait de rester un outil sous-exploité :

– L’effectivité de la collecte: la résistance persistante de certaines banques à transférer les fonds dus (une seule institution, Allianz Cameroun, avait procédé à un transfert effectif dès fin 2023) montre que la mobilisation des ressources demeure un chantier inachevé

– La gouvernance et la transparence: la crédibilité de l’institution auprès des épargnants et des consignataires conditionne le volume des dépôts volontaires

– La compétence technique en ingénierie financière de projets : contrairement à un simple dépositaire, le financement d’infrastructures exige une expertise en montage de dette de projet, en évaluation des risques et en structuration de garanties

– L’articulation avec les autres bailleurs (Bpifrance camerounais implicite, bailleurs multilatéraux, Trésor public) pour éviter les doublons et maximiser l’effet de levier

En résumé :

La CDEC dispose des fondations juridiques, institutionnelles et désormais opérationnelles pour devenir un véritable outil de développement infrastructurel, sur le modèle de la Caisse des Dépôts française. Sa capacité à transformer l’épargne réglementée dormante, actuellement estimée à plusieurs centaines de milliards de FCFA, en financement de long terme pour les infrastructures constitue une réponse endogène crédible à la rareté des financements extérieurs. La création annoncée d’une filiale bancaire dédiée au financement des infrastructures marque le basculement décisif d’une logique de collecte vers une logique d’investissement structurant. La réussite de ce basculement dépendra désormais de l’effectivité de la collecte coercitive des fonds dus et du développement rapide de compétences internes en ingénierie financière de projets.

 

 

 

 

Caisse des dépôts et consignations

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