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Burkina Faso : l’or de Ouagadougou, nouvelle monnaie d’échange russe ?

Publié le 20 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Une souveraineté affichée, une dépendance grandissante

Depuis que le capitaine Ibrahim Traoré dirige la transition au Burkina Faso, Ouagadougou martèle un objectif : retrouver une autonomie totale, loin des influences étrangères. Ce discours, porté par une jeunesse en quête de dignité après des décennies de domination française, séduit une partie de la population. Pourtant, les récentes alliances stratégiques, notamment avec la Russie, révèlent une réalité bien moins glorieuse. Plutôt que de s’affranchir, le pays ne ferait-il que troquer une tutelle contre une autre, tout aussi contraignante ?

Écoutez cet articleEnviron 5 min

L’or burkinabè, nouveau terrain de jeu des investisseurs russes

Le secteur aurifère, qui représente près de 80 % des exportations du Burkina Faso, est désormais au cœur des négociations entre Ouagadougou et Moscou. Les discussions portent sur la gestion, la sécurisation et même l’exploitation des gisements, sous couvert de protéger ces richesses des sanctions occidentales. Mais à quel prix ?

En cédant le contrôle ou la propriété de ces ressources à des entités russes, le Burkina Faso hypothèque sa souveraineté économique. Un État digne de ce nom ne devrait-il pas, au contraire, renforcer ses institutions pour garantir la maîtrise de ses propres richesses ? Confier son or à un partenaire étranger, sous prétexte de le « préserver », revient à payer une redevance éternelle à une puissance qui n’agit pas par altruisme, mais par intérêt géostratégique.

Une facture salée pour une sécurité illusoire

Le rapprochement militaire avec la Russie, matérialisé par l’arrivée d’instructeurs et de forces paramilitaires (ex-Wagner, désormais regroupées sous l’appellation Africa Corps), devait permettre de renverser la tendance face aux groupes armés terroristes. Pourtant, les résultats se font attendre, malgré un coût exorbitant pour les finances publiques.

Les dernières offensives des groupes djihadistes, d’une violence inouïe, ont rappelé l’urgence d’une solution durable. Or, en s’appuyant exclusivement sur un partenaire dont les priorités peuvent changer du jour au lendemain, le Burkina Faso prend un risque majeur. Que se passera-t-il si Moscou, accaparé par ses propres conflits, décide de revoir ses engagements ou d’augmenter ses tarifs ? Le pays disposera-t-il des moyens de négocier, voire de résister ?

Russie vs France : un simple changement de protecteur ?

Le rejet des anciennes puissances coloniales, bien que compréhensible, ne justifie pas une soumission aveugle à une nouvelle tutelle. La Françafrique, critiquée à juste titre, n’a pas été remplacée par une « Russafrique » plus vertueuse. Moscou intervient en Afrique pour servir ses propres intérêts : contourner les sanctions internationales, sécuriser des matières premières stratégiques et étendre son influence diplomatique.

« Remplacer un maître par un autre n’est pas un acte de libération, mais une capitulation déguisée. »

Le Burkina Faso, en se tournant vers la Russie, n’a pas brisé ses chaînes : il a simplement échangé un carcan contre un autre, tout aussi lourd. Les discours anti-occidentaux ne suffisent pas à garantir une véritable indépendance. La souveraineté se mesure à la capacité d’un État à décider seul de son destin, sans dépendre du bon vouloir d’une puissance étrangère, qu’elle vienne de Paris, de Washington ou de Moscou.

Un isolement politique aux conséquences lourdes

En misant tout sur Moscou, le régime de transition burkinabè s’isole progressivement sur la scène régionale et internationale. Les partenariats traditionnels sont délaissés, les relations avec certains voisins se tendent, et les bailleurs de fonds traditionnels se montrent de plus en plus réticents. Or, un pays réellement souverain ne se coupe pas du monde : il diversifie ses alliances pour éviter de se retrouver pieds et poings liés à un seul partenaire.

Pour les Burkinabè, le réveil pourrait s’avérer brutal. La véritable souveraineté ne se décrète pas par des slogans, mais se construit au quotidien. En hypothéquant les ressources naturelles et en externalisant sa sécurité à la Russie, le gouvernement actuel hypothèque, pour des années, l’avenir du pays. Le risque ? Se retrouver plus dépendant que jamais, piégé dans un système où chaque décision dépendra des priorités d’un autre État.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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