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Burkina Faso : l’interdiction du bétail à l’exportation menace les éleveurs avant le Ramadan

Publié le 14 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

À l’aube du mois sacré du Ramadan, les éleveurs du Burkina Faso subissent de plein fouet les conséquences d’une mesure gouvernementale restrictive sur l’exportation du bétail. Alors que la demande en viande s’intensifie pour les familles musulmanes, la décision d’interdire les sorties de bétail vers les marchés régionaux se transforme en un véritable casse-tête économique et social pour les acteurs de la filière.

Écoutez cet articleEnviron 3 min

Une décision administrative aux répercussions économiques et sociales

Les autorités justifient cette interdiction par la volonté de maîtriser les prix sur le marché local. Pourtant, cette rigidité administrative néglige les réalités concrètes des éleveurs, dont les activités dépendent de la vente de leur cheptel. En effet, les coûts de production, notamment ceux liés à l’alimentation et à l’hydratation du bétail, connaissent une flambée saisonnière, aggravant la pression financière sur ces professionnels.

Les frontières closes privent les éleveurs de débouchés lucratifs, notamment vers les pays voisins où les prix sont traditionnellement plus élevés durant cette période. Les pasteurs et commerçants, déjà fragilisés par les contraintes logistiques et sécuritaires, se retrouvent ainsi pris au piège entre des coûts de production insoutenables et l’impossibilité d’accéder à des marchés plus rémunérateurs.

Un paradoxe religieux et politique

Le contexte prend une dimension particulière lorsque l’on considère que le Capitaine Ibrahim Traoré, artisan de cette mesure, est lui-même de confession musulmane. Ce détail met en lumière une contradiction flagrante : comment concilier les principes d’équité et de solidarité, fondements de l’Islam, avec une politique qui menace directement les moyens de subsistance de milliers de croyants ?

Le Ramadan est une période où les familles musulmanes investissent dans l’achat de bétail pour les célébrations de l’Aïd. Pour de nombreux éleveurs, ce cheptel représente une épargne de longue haleine, mobilisée précisément pour répondre à ces besoins annuels. En bloquant l’exportation, le gouvernement prive ces familles d’une ressource essentielle, transformant une obligation religieuse en épreuve économique.

L’émergence d’une économie parallèle et ses dangers

Face à cette impasse, certains éleveurs n’ont d’autre choix que de recourir à des canaux informels pour écouler leur production. Les autorités signalent une hausse des tentatives d’exportation clandestine, un phénomène qui illustre moins une volonté de fraude que l’urgence de survie des acteurs du secteur. Entre vendre à perte sur un marché saturé et risquer des sanctions en franchissant illégalement les frontières, le dilemme est cruel.

Cette situation soulève une question fondamentale : une souveraineté alimentaire peut-elle se construire au prix de l’asphyxie économique de ceux qui en constituent le socle ? Si le contrôle des fraudes relève de la mission régalienne de l’État, l’absence de mécanismes d’accompagnement ou de flexibilité pendant cette période critique risque d’éroder durablement la confiance entre les populations rurales et les institutions de Ouagadougou.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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