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Biya relance le conseil de la magistrature camerounaise après six ans de blocage

Publié le 3 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Le président camerounais a pris une décision administrative majeure le 2 juin 2026 en renouvelant les membres du Conseil Supérieur de la Magistrature, un organe clé du système judiciaire resté inactif pendant près de six ans. Cette mesure, bien que symboliquement importante, interroge sur sa capacité à relancer concrètement une institution paralysée depuis 2020.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Six années durant, le Conseil Supérieur de la Magistrature – chargé des nominations, promotions et sanctions des magistrats – a fonctionné au ralenti, voire pas du tout. Des centaines de magistrats ont vu leurs carrières bloquées, des promotions promises ont été retardées, et des procédures disciplinaires sont restées en suspens, sans aucune issue.

Un décret présidentiel pour mettre fin à une inertie judiciaire

Le chef de l’État a donc signé un décret le 2 juin 2026 pour renouveler partiellement les membres de cette institution essentielle. Officiellement, le CSM existe à nouveau. Mais la question cruciale se pose : un simple décret suffit-il à redonner vie à une structure paralysée pendant des années ?

Le texte présidentiel reconduit dix des quatorze membres titulaires, avec un changement notable : Goni Mariam, auparavant suppléante, intègre le collège des titulaires en remplacement d’Ali Mamouda. Côté suppléants, quatre nouvelles figures font leur entrée, tandis que d’autres quittent le navire. Une rotation à la marge, qui privilégie la continuité plutôt que la rupture.

Une instance constitutionnelle au rôle central

Le Conseil Supérieur de la Magistrature, présidé par le président de la République, est censé veiller à l’indépendance de la justice camerounaise. En théorie, il doit garantir que les carrières des magistrats ne dépendent pas des fluctuations politiques. En pratique, son dysfonctionnement prolongé a laissé des traces profondes.

Les observateurs du secteur judiciaire s’accordent à dire que les dernières réunions significatives remontent à avant la crise sanitaire mondiale de 2020. Depuis, le silence s’est installé, transformant le CSM en une coquille vide administrative.

Une chronologie de l’inertie institutionnelle

  • 2020 : Dernières activités notables du conseil avant son entrée en léthargie.
  • 2021-2024 : Accumulation de dossiers urgents – intégrations, promotions, affectations – tandis que le conseil reste inactif.
  • 2025 : Expiration des mandats des membres sans renouvellement immédiat, plongeant le conseil dans une zone grise juridique.
  • 2 juin 2026 : Le décret présidentiel est publié, mais les dossiers en souffrance, eux, attendent toujours.

Un décret révélateur de silences persistants

Le renouvellement des membres est un acte administratif nécessaire, mais il ne répond pas aux questions essentielles : quand la première session se tiendra-t-elle ? Comment seront traités les dossiers accumulés ? Quels garde-fous seront mis en place pour éviter une nouvelle paralysie ?

Aucune annonce officielle n’a été faite concernant un calendrier de travail ou une prochaine réunion. Pourtant, c’est précisément cette absence de communication qui pose problème : le dysfonctionnement du CSM ne découle pas uniquement de l’expiration des mandats, mais bien de l’incapacité à fonctionner de manière régulière.

Une gouvernance judiciaire sous dépendance exécutive

Au-delà du cas du Conseil Supérieur de la Magistrature, cette situation met en lumière un enjeu structurel : la dépendance de certaines institutions camerounaises à la volonté politique pour leur simple fonctionnement. Lorsque le président de la République est également à la tête du conseil, l’absence de sessions ne relève pas d’un hasard, mais bien d’un choix – ou d’une négligence – dont les conséquences se mesurent en années de blocages administratifs.

Pour que l’indépendance de la justice soit crédible, les institutions doivent fonctionner de manière prévisible et transparente. Un organe dont l’activité dépend de l’agenda présidentiel ne peut remplir sa mission de façon satisfaisante.

L’épreuve de vérité : après le décret, l’action

Le renouvellement des membres du CSM marque un début, mais il ne constitue pas une fin en soi. Les magistrats camerounais, les justiciables et les observateurs attendent désormais des preuves concrètes : des sessions effectives, des promotions débloquées, des procédures disciplinaires enfin traitées. Au-delà des textes, c’est l’action qui fera la différence.

Le vrai test ne sera pas la publication du décret, mais bien la date de la prochaine réunion du conseil. Ce n’est qu’à cette condition que le Conseil Supérieur de la Magistrature pourra retrouver sa place centrale dans le paysage judiciaire camerounais.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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