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Best of Soudan (4). La guerre s’invite au Tchad

Publié le 17 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane
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Best of Soudan (4). La guerre s’invite au Tchad

Par
La rédaction de Mondafrique
–
17 juillet 2026
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Après trois ans de conflit, la guerre déborde désormais sur le territoire tchadien. Frappes à la frontière, tensions militaires, crispations communautaires : la crise soudanaise rattrape N’Djamena.

Écoutez cet articleEnviron 7 min

Par Leslie Varenne (27 mars 2026)

Depuis avril 2023, la guerre au Soudan oppose l’armée du général Abdel Fattah al-Burhan aux Forces de soutien rapide (FSR) de Mohamed Hamdan Dagolo, dit Hemedti. Bien que le Tchad se soit toujours affiché comme neutre, il a soutenu, dans les faits, les FSR. Ce positionnement suscite de vives controverses. Il place le pouvoir tchadien dans une contradiction majeure : soutenir un camp qui combat, au Darfour, des populations zaghawa, alors même que cette communauté est au cœur de l’appareil d’État tchadien. Des livraisons d’armes, financées par les Émirats arabes unis, ont ainsi transité par des villes comme Amdjarass ou Adré. Un choix risqué dont les conséquences, pourtant prévisibles, se font désormais sentir.

Tiné, au cœur des tensions

Il existe deux villes nommées Tiné, l’une au Soudan, l’autre au Tchad. Ces localités jumelles abritent les mêmes populations zaghawa et constituent un point de passage majeur pour les civils fuyant le Darfour Nord et les violences de la guerre pour se réfugier au Tchad.

Le 21 février 2026, les Forces de soutien rapide ont pris le contrôle de la partie soudanaise. Elles ont immédiatement été confrontées aux Toroboros, ces combattants tchadiens et soudanais engagés aux côtés du général Abdel Fattah al-Burhan, ainsi qu’à des militaires tchadiens intervenus sans l’aval de leur hiérarchie. Ces affrontements ont permis une reprise rapide de la ville. Face à cette dégradation sécuritaire, N’Djamena a annoncé la fermeture de la frontière. Les combats se sont néanmoins poursuivis, confirmant l’installation durable du conflit dans cet espace transfrontalier.

C’est dans ce contexte déjà explosif qu’est intervenue, le 21 mars, une attaque de drone meurtrière à Tiné (Tchad) faisant une vingtaine de morts parmi les civils. Les autorités tchadiennes démentent toute implication dans ce drame. Néanmoins, nombreux sont ceux qui l’accusent. Ainsi l’opposant Ousmane Dillo, actuellement exilé au Soudan, a, dans un audio diffusé largement diffusé sur les messageries privées, pointé du doigt Mahamat Déby et a appelé à l’éliminer. Il l’accuse, en outre, de mettre en danger la communauté zaghawa. Côté soudanais, le gouverneur du Darfour, Minni Arkou Minawi, a lui aussi franchi un cap en affirmant que « la guerre avec le Tchad a déjà commencé », actant ainsi une escalade régionale du conflit.

Mise en alerte maximale

Les autorités tchadiennes, elles, ont campé sur leurs positions et affiché leur fermeté. Le porte-parole du gouvernement, Gassim Chérif Mahamat, a réaffirmé la neutralité du Tchad tout en promettant une riposte « proportionnelle » aux attaques. Dans le même temps, le président Mahamat Déby a ordonné la mise en alerte maximale des forces armées. Le 22 mars, un sommet sécuritaire s’est tenu à Tiné, réunissant plusieurs hauts responsables militaires pour renforcer la protection de la frontière et prévenir toute déstabilisation du pays. « Ici, c’est Tiné, Tchad, ce n’est pas Tiné, Soudan. L’armée soudanaise, les Toroboros, les FSR, qu’ils se battent au Soudan, qu’ils s’entretuent là-bas dans leur pays. Qu’ils ne viennent pas se battre dans notre pays ou tuer notre peuple », a lancé le ministre de la sécurité, le général Ali Ahmat Akhabach.

Dans la foulée, Ndjamena a interdit aux populations de franchir la frontière empêchant ainsi les femmes et les enfants qui fuient les horreurs de la guerre soudanaise de se sécuriser dans les camps de réfugiés au Tchad. Cette décision lourde de conséquences humanitaires, prise pour empêcher une rébellion de la communauté zaghawa, n’aura pourtant que peu d’impact sur la situation sécuritaire. Au contraire, Cameron Hudson, expert du conflit soudanais, estime : « L’armée tchadienne renforce sa présence à la frontière soudanaise face à la montée des tensions. Je crains fort que cela n’augmente le risque d’une implication directe du Tchad dans le conflit soudanais, au lieu de l’empêcher. Déby, voulant se donner une image de fermeté, commet une grave erreur stratégique ».

Quand la guerre au Soudan attise les tensions communautaires au Tchad

De plus, ce ne sont pas seulement les Zaghawa qui sont entraînés dans le conflit soudanais. Selon des sources sécuritaires tchadiennes, depuis plusieurs semaines, les FSR recrutent des jeunes issus de la communauté Tama. Cette mobilisation, qui s’apparente à du mercenariat, s’appuie sur des réseaux locaux mêlant chefs traditionnels, autorités administratives et figures proches du pouvoir.

Comme les Zaghawa, les Tama constituent une communauté transfrontalière, présente à la fois dans l’est du Tchad (Wadi Fira, Ouaddaï) et dans l’ouest du Soudan. Bien que non Arabes, lors de la première guerre du Darfour, débutée en 2003, ils ont été intégrés à des milices janjawid, les ancêtres des forces d’Hemedti, et engagés dans des combats contre des groupes ethniques, notamment les Zaghawa. Cette évolution est particulièrement inquiétante : elle fait ressurgir des fractures au sein de la société tchadienne et alimente un sentiment de mise en danger entre communautés.

Dans ce contexte, la frontière entre le Tchad et le Soudan cesse d’être une ligne de séparation pour devenir un espace de projection du conflit. Ce qui relevait hier d’un calcul stratégique ambigu apparaît désormais comme une fuite en avant. Le pouvoir tchadien se retrouve pris dans un engrenage qu’il risque fort de ne plus maîtriser. Le diable était dans la bouteille, il en est désormais sorti.

À suivre (5) : Les révélations explosives d’un chef de guerre.

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