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Bénin et Niger : une frontière en passe de rouvrir après deux années de blocage

Publié le 17 juin 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Après plus de deux ans d’isolement, la frontière entre le Bénin et le Niger s’apprête à connaître un tournant historique. Les gouvernements des deux pays ont enclenché des discussions techniques afin de rétablir la libre circulation des personnes et des marchandises sur cet axe vital qui relie le port de Cotonou aux régions enclavées du Sahel central. Ces échanges s’inscrivent dans un contexte régional marqué par la création de la Confédération des États du Sahel (AES), regroupant le Niger, le Mali et le Burkina Faso, et la sortie du Niger de la CEDEAO.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Un blocage aux conséquences économiques dévastatrices

La fermeture des frontières, initialement décidée en juillet 2023 à la suite du renversement du président Mohamed Bazoum, avait été imposée sous la pression des sanctions régionales. Le Bénin, partenaire commercial majeur du Niger, avait strictement appliqué ces mesures, paralysant l’essentiel des échanges transfrontaliers. Le Niger, privé de son corridor béninois, avait riposté en maintenant ses propres restrictions, même après l’assouplissement des sanctions de la CEDEAO en février 2024.

Les répercussions de ce blocage se sont avérées lourdes pour les deux économies. Le port de Cotonou, principal point d’entrée des marchandises en provenance du Sahel central, a enregistré une chute drastique de son trafic nigérien. Les acteurs logistiques, les commerçants et les populations frontalières des départements de l’Alibori et du Borgou ont subi de plein fouet les conséquences de cette rupture. Quant au Niger, l’absence d’alternative a aggravé l’inflation, déjà alimentée par des difficultés d’approvisionnement persistantes.

Le pétrole nigérien, moteur d’une réconciliation progressive

L’enjeu énergétique a joué un rôle clé dans le rapprochement entre les deux pays. Le pipeline Niger-Bénin, long de près de 2 000 kilomètres, permet désormais d’acheminer le brut nigérien d’Agadem vers le terminal de Sèmè-Kpodji. Bien que les premières exportations en 2024 aient suscité des tensions, notamment en raison de conditions posées par Cotonou, les échanges se sont depuis intensifiés. Les discussions, parfois médiatisées par des partenaires extérieurs, ont permis de dégager des points d’entente pragmatiques.

Pour le Bénin, la réouverture des frontières représente une priorité budgétaire et sociale. Le corridor nigérien est un pilier du trafic portuaire et des recettes douanières. Pour le Niger, la sécurisation d’une voie d’approvisionnement alternative aux corridors burkinabè et togolais permettrait de réduire sa dépendance et de renforcer la résilience de son commerce extérieur.

Des négociations encore sous tension, notamment sur la sécurité

Plusieurs points bloquants subsistent, en particulier sur le plan sécuritaire. Niamey exige des garanties, accusant le Bénin d’abriter des activités hostiles à son régime. Ces allégations, fermement rejetées par le gouvernement de Patrice Talon, ont conduit à l’exigence de mécanismes de vérification conjointe et d’un renforcement de la coopération entre les services de renseignement des deux pays.

Le calendrier politique ajoute une dimension stratégique à ces négociations. Au Bénin, l’approche de l’élection présidentielle de 2026 pousse l’exécutif à rechercher des résultats concrets, notamment pour apaiser les populations du Nord, durement touchées par la fermeture. Du côté nigérien, le général Abdourahamane Tiani cherche à consolider la légitimité de son régime en affichant des avancées économiques tangibles, alors que la transition s’étire.

Si une réouverture est envisageable, elle devrait être progressive. Un protocole pilote, limité à certains postes-frontières et à des catégories de marchandises ciblées, pourrait précéder une normalisation complète. Les opérateurs des deux pays, méfiants après les précédents revirements, attendent des engagements clairs et une stabilité des cadres juridiques. Les échanges entre les deux gouvernements se poursuivent activement, avec l’espoir d’un dénouement concret dans les mois à venir.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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