Auguste miremont : la sagesse politique de houphouët-boigny à ouattara

Auguste Miremont : un héritier de la pensée politique ivoirienne

Ancien ministre de la Communication de Côte d’Ivoire et directeur général historique de Fraternité Matin, Auguste Miremont, figure incontournable de la vie publique ivoirienne, s’exprime pour la première fois sur son parcours à travers un ouvrage biographique : « Auguste Miremont, d’Houphouët à Ouattara, en toute liberté… ». À 85 ans, ce témoin privilégié des grandes heures du pays partage, avec franchise et recul, ses analyses sur quatre décennies de politique nationale.

Auguste Miremont

Un livre pour transmettre, pas pour se glorifier

C’est après plus de 30 heures d’échanges et 18 mois de travail que Michel Koffi a réussi à convaincre Auguste Miremont de livrer son témoignage. « Résister à l’idée d’écrire ses mémoires est une réaction naturelle après une carrière aussi riche », confie l’ancien ministre. Pourtant, les sollicitations venues de tous horizons – famille, amis, autorités locales – ont fini par le convaincre que son expérience pouvait être utile aux générations futures.

Pourquoi ce titre évocateur ?

Le livre retrace le parcours d’un homme qui a servi trois présidents majeurs de la Côte d’Ivoire, chacun incarnant une étape clé de l’histoire politique nationale. Mais au-delà de la biographie, l’ouvrage aborde les défis économiques, les crises institutionnelles et les tensions sociales qui ont marqué le pays. « Ce n’est pas un exercice d’auto-satisfaction, mais une transmission de savoir », précise Auguste Miremont.

Les crises politiques, ces blessures encore vives

Parmi les moments les plus douloureux de sa carrière, l’ancien ministre cite sans hésiter le coup d’État de 1999 contre Henri Konan Bédié. « Voir la Côte d’Ivoire basculer ainsi a été un choc. La stabilité que nous avions construite sous Houphouët-Boigny s’est fissurée brutalement », raconte-t-il, la voix tremblante d’émotion. Les violences qui ont suivi, jusqu’à la crise post-électorale de 2010, ont profondément marqué son engagement pour le pays.

Pour lui, ces périodes de trouble n’étaient pas une fatalité, mais le résultat d’un manque de fermeté et de vision à long terme. « Houphouët-Boigny avait un génie pour temporiser, écouter et agir au bon moment. Après lui, la Côte d’Ivoire a perdu cette capacité à surmonter les crises sans se déchirer », analyse-t-il.

Des relations contrastées avec les dirigeants

Avec Houphouët-Boigny : le respect mutuel

Auguste Miremont n’a jamais été un intime du « Vieux », mais leur collaboration quotidienne – en tant que ministre de la Communication et directeur de son journal – a forgé une relation de confiance. « Il m’appelait “De Miremont”, un détail qui en disait long sur son respect pour l’histoire et ceux qui l’ont façonnée », se souvient-il. Contrairement à certaines idées reçues, sa double origine ivoiro-française n’a jamais été un sujet de tension.

Avec Henri Konan Bédié : une proximité parlementaire

Leur relation était marquée par une proximité politique et personnelle, renforcée par leur amitié avec Laurent Dona Fologo. « Chaque fois que je le sollicitais, il était présent. Sa disparition a laissé un vide dans le paysage politique », confie l’ancien ministre, visiblement ému.

Avec Robert Guéï : une parenté et une impuissance politique

Membre de la même ethnie, les deux hommes se côtoyaient quotidiennement, mais Auguste Miremont n’a jamais eu d’influence sur les décisions du président Guéï. « Il était de la famille, mais la politique qu’il menait était la sienne, pas la mienne ».

Avec Laurent Gbagbo : un engagement pour la stabilité économique

Leur collaboration a été surprenante, notamment lors des négociations pour un gouvernement d’union nationale dans les années 1990. « Gbagbo a soutenu l’idée d’une “pluie des milliards” pour relancer l’économie. Si nous avions abouti, la Côte d’Ivoire aurait évité une partie de ses crises », explique-t-il. Plus tard, le président Gbagbo l’a même soutenu financièrement à un moment difficile.

Alassane Ouattara, l’élève le plus doué de Houphouët-Boigny ?

Une admiration teintée de nuances

Pour Auguste Miremont, Alassane Ouattara est celui qui a le mieux assimilé la philosophie politique de Houphouët-Boigny : « la patience, l’écoute et cette capacité à agir au bon moment ». Il souligne également son courage dans les prises de décision difficiles, notamment lorsqu’il était Premier ministre dans les années 1990. « Il ne laissait rien passer. Un membre du gouvernement qui ne suivait pas ses directives était limogé dès le lendemain ».

Cependant, l’ancien ministre regrette un changement d’attitude avec le temps : « Aujourd’hui, il est plus clément, moins ferme avec ses collaborateurs. C’est peut-être l’effet de l’expérience et de l’âge ».

Des qualités humaines marquantes

Auguste Miremont insiste sur l’humilité et la courtoisie d’Alassane Ouattara. « Même s’il ne pouvait répondre immédiatement à un appel, sa secrétaire me rappelait dans la demi-heure pour savoir de quoi il s’agissait. C’est une marque de respect rare ». Il évoque aussi son grand cœur et son attention aux problèmes personnels de ceux qui l’approchent.

Un héritage économique à saluer, mais des défis sociaux persistants

À près de 85 ans, Auguste Miremont suit toujours de près l’actualité nationale. Il salue les réalisations économiques et infrastructurelles du président Ouattara : « Les routes, les hôpitaux, les universités… La Côte d’Ivoire n’a jamais connu une telle dynamique ». Il cite notamment la construction d’un boulevard digne des Champs-Élysées à Daloa ou l’amélioration des liaisons routières entre Bin-Houyé et Toulépleu.

Pourtant, il n’occulte pas les tensions sociales : « Oui, il y a des progrès économiques, mais la cherté de la vie et la pauvreté persistent ». Il reconnaît les efforts du gouvernement pour y répondre, notamment via les filets sociaux, les programmes de formation professionnelle et les bourses d’apprentissage. « Ces initiatives montrent une volonté de corriger les déséquilibres », estime-t-il.

L’après Ouattara : une transition à préparer avec prudence

Interrogé sur l’avenir politique de la Côte d’Ivoire, Auguste Miremont préfère éviter les spéculations : « Le président Ouattara tient encore fermement les rênes. Son nouveau mandat est à peine entamé, il faut lui laisser le temps d’agir ». Il rappelle que le chef de l’État a toujours affiché une ambition claire : construire une Côte d’Ivoire unie, prospère et solidaire.

Pour lui, la priorité reste la stabilité politique et sociale, condition sine qua non pour poursuivre les réformes économiques. « La Côte d’Ivoire a montré qu’elle pouvait surmonter les crises. Il faut maintenant capitaliser sur cette résilience ».

Avec sagesse et lucidité, Auguste Miremont conclut : « Les défis sont nombreux, mais l’histoire prouve que notre pays a toujours su rebondir. L’essentiel est de garder cette cohésion qui a fait la force d’Houphouët-Boigny ».