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Au Mali, la quête de légitimité de l’état face aux défis sécuritaires

Publié le 14 mai 202625 septembre 2026 ParIbrahim Yacouba
Un motard passe devant un monument qui rend hommage à l’armée malienne, à Bamako, le 26 avril 2026. © AFP

Le Mali est actuellement confronté à une dégradation rapide et alarmante de sa situation sécuritaire. Des offensives coordonnées menées par des groupes jihadistes, conjuguées aux dynamiques séparatistes persistantes dans le nord du pays, soumettent l’État malien à une pression stratégique complexe et multiforme. Cependant, au-delà de ces manifestations visibles, une transformation plus profonde est à l’œuvre. Moins spectaculaire que les combats, elle est néanmoins cruciale : le déplacement du cœur du conflit. Ce qui se joue aujourd’hui au Mali dépasse en effet largement le cadre d’une simple confrontation militaire.

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Depuis plus d’une décennie, la crise malienne a été principalement analysée à travers le prisme de l’urgence sécuritaire. L’intervention des forces nationales, soutenues successivement par divers partenaires internationaux, s’est inscrite dans une logique de stabilisation par la force. Bien que cette approche ait permis de contenir certaines menaces à court terme, elle n’a pas généré les effets structurels et durables escomptés.

Un vide de pouvoir comblé par les acteurs non étatiques

Cette stratégie a, en revanche, favorisé l’émergence d’une illusion stratégique : celle qu’un retour à la sécurité précéderait naturellement le rétablissement de l’autorité de l’État. Or, l’expérience malienne actuelle démontre le contraire. Un État peut maintenir sa capacité militaire tout en perdant progressivement son emprise politique, sociale et symbolique sur son propre territoire.

Dans de nombreuses régions du centre et du nord du Mali, la réalité du pouvoir a profondément muté. L’État ne s’est pas contenté de se retirer ; il a été supplanté. Des groupes armés, qu’ils soient d’obédience jihadiste ou non, ont progressivement mis en place d’autres formes d’autorité. Ils assument, avec des degrés d’efficacité variables, des fonctions essentielles : la sécurité des populations locales, l’arbitrage des litiges, la régulation économique et l’encadrement social.

Cette reconfiguration du pouvoir ne repose pas uniquement sur la contrainte. Elle s’inscrit également dans un contexte de rupture entre l’État central et une partie de la population. Dans ces zones, l’absence de services publics, la faiblesse des structures administratives et la perception d’un pouvoir lointain ont créé un espace que d’autres acteurs ont habilement su occuper. En politique, le vide n’existe jamais ; il est toujours rempli.

La bataille décisive : la légitimité de l’État

La crise au Mali est désormais entrée dans une phase où la dimension militaire, bien qu’indispensable, ne suffit plus à elle seule. Le véritable enjeu se situe ailleurs : dans la capacité à générer et à consolider la légitimité.

Qui est véritablement en mesure de protéger les citoyens ? Qui rend une justice perçue comme équitable ? Qui incarne une autorité crédible et prévisible ? Ces interrogations fondamentales orientent désormais les choix des communautés locales. Dans ce contexte, la supériorité militaire ne garantit plus la victoire à long terme. Elle peut même s’avérer inefficace si elle n’est pas accompagnée d’une reconquête politique et sociale profonde.

Repenser la stratégie pour une stabilisation durable

Pour sortir de l’impasse actuelle, un changement de paradigme s’impose. Il ne s’agit plus seulement de reprendre des positions stratégiques ou de neutraliser des groupes armés. L’objectif est de reconstruire une présence étatique capable de s’ancrer durablement dans les territoires. Cela exige une approche holistique, intégrant étroitement les dimensions sécuritaires, politiques et sociales. L’État doit redevenir visible, non pas uniquement par sa puissance, mais avant tout par son utilité concrète pour les populations.

Cette transformation passe par plusieurs axes :

  • la restauration effective des fonctions régaliennes au plus proche des populations ;
  • le réinvestissement des territoires par des dispositifs administratifs et sociaux dignes de confiance ;
  • la reconstruction de liens de confiance au niveau local ;
  • une capacité à reprendre l’initiative dans la bataille des perceptions et des récits.

En somme, il ne s’agit pas simplement de rétablir l’autorité de l’État, mais de la rendre à nouveau légitime aux yeux de tous.

Le Mali n’est pas un cas isolé. À bien des égards, il représente un laboratoire des évolutions contemporaines des conflits dans la région du Sahel. Dans cette zone, la compétition entre les différents acteurs ne se limite plus à une confrontation purement militaire. Elle s’inscrit dans une lutte plus vaste pour l’organisation des sociétés, le contrôle des territoires et l’influence sur les populations. Ce basculement impose de reconsidérer les catégories traditionnelles de la guerre et de la stabilisation. La puissance ne se mesure plus uniquement à la capacité de coercition, mais à la faculté de structurer un ordre socialement accepté.

L’équation malienne : un futur incertain mais essentiel

La crise malienne est entrée dans une phase où la question cruciale n’est plus seulement celle du contrôle territorial, mais celle de la reconstruction de l’autorité politique et sociale de l’État. La véritable bataille ne se déroule plus uniquement sur les lignes de front. Elle se joue dans la capacité de l’État à redevenir légitime, utile et accepté par ses citoyens. Car au Sahel, aucun territoire ne reste vide indéfiniment. Lorsqu’un État s’efface, d’autres acteurs prennent invariablement sa place. Cependant, une stabilisation durable du Mali exige impérativement le retour progressif du politique au cœur du jeu national.

Cette perspective reste particulièrement complexe dans un contexte marqué par l’affaiblissement des formations politiques, la marginalisation ou l’exil de nombreuses personnalités civiles, ainsi que la prédominance persistante des logiques sécuritaires. La question centrale n’est donc plus seulement de savoir comment reprendre le contrôle du territoire, mais dans quelles conditions un espace politique crédible pourra être recréé pour accompagner la reconstruction de l’État et restaurer une légitimité partagée par l’ensemble de la nation.

Par Ibrahim Yacouba — Reporter

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