Au gabon, l’interdiction des pseudonymes sur les réseaux sociaux divise la population

Les gabonais s’interrogent sur une mesure controversée concernant l’usage des réseaux sociaux dans leur pays. Une ordonnance récente, rendue publique il y a peu, suscite de vives discussions au sein de la population. Parmi ses dispositions les plus discutées, l’article 4 impose désormais une identification stricte des utilisateurs. Fini les pseudonymes : chaque internaute doit désormais communiquer son nom complet, voire son numéro d’identification personnelle (NIP). Pour les entreprises, l’inscription au registre du commerce devient obligatoire.

Cette réforme a particulièrement retenu l’attention du public après qu’un producteur de contenus proche du pouvoir, connu sous le pseudonyme de « Bitome » (signifiant « les problèmes » en langue locale), a pris position en sa faveur. Bienvenue Effayong défend cette initiative, estimant qu’elle mettra fin aux dérives observées en ligne. Selon lui, « les internautes profitent de l’anonymat pour diffamer, insulter ou même déstabiliser les institutions ». Il ajoute, convaincu : « Avec cette loi, chacun devra assumer ses propos. »*

une loi perçue comme une atteinte aux libertés fondamentales

Cependant, certains acteurs politiques et citoyens expriment des craintes majeures quant à l’impact de cette ordonnance. Marcel Libama, ancien député de la Transition, dénonce une violation de la liberté d’expression, pourtant protégée par la Constitution gabonaise. « Cette mesure représente un recul démocratique et une grave menace pour les droits fondamentaux des citoyens », déclare-t-il.

Promulguée en période d’intersession parlementaire, cette ordonnance est immédiatement applicable. Toutefois, elle devra être soumise à l’approbation du Parlement, qui pourra la valider, modifier ou rejeter. Depuis le mois de février, les réseaux sociaux sont bloqués au Gabon, une situation qui alimente davantage les débats.

des objectifs affichés par les autorités

Le gouvernement gabonais justifie cette décision par la volonté de protéger la jeunesse et de lutter contre les dérives en ligne. Parmi les cibles visées : la diffamation, les insultes et les tentatives de déstabilisation des institutions. Une approche qui, pour ses détracteurs, pourrait nevertheless étouffer le débat public et limiter la liberté de parole.

Entre soutien à la mesure et critiques acerbes, le débat reste vif au Gabon. Une chose est sûre : cette ordonnance a profondément marqué l’actualité numérique du pays, suscitant des réactions contrastées parmi les citoyens et les responsables politiques.