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Arrestation de l’imam Mohamad Kindo à Ouagadougou : ce qu’il faut savoir

Publié le 27 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane
Mohamad Ishaq Kindo

L’arrestation de l’influent imam sunnite Mohamad Ishaq Kindo, président des Oulémas sunnites du Burkina Faso, est venue secouer la capitale Ouagadougou. Interpellé mardi 26 mai en début d’après-midi, il a été emmené par des forces de sécurité dont la présence d’éléments encagoulés n’a fait qu’attiser les tensions.

Écoutez cet articleEnviron 4 min

Cette interpellation survient deux jours après des déclarations virulentes de l’imam contre le projet de loi sur les libertés religieuses, adopté le 19 mars dernier. Dans un enregistrement largement diffusé, il avait mis en garde les autorités : « Que chacun se méfie et s’abstienne de vouloir interdire les prières dans les lieux publics. Que tu sois chef ou homme fort, tu n’as ni la force ni la puissance de Dieu ».

Une arrestation sous haute tension

Vers 14 heures, alors que la communauté musulmane s’apprêtait à célébrer l’Aïd, des policiers et militaires encagoulés ont procédé à l’interpellation de l’imam. Selon un proche présent sur place, la scène a rapidement dégénéré : « Les fidèles ont tenté de s’interposer, ce qui a provoqué des heurts et des blessés parmi les croyants ».

La Fédération des associations islamiques du Burkina (FAIB), dont il est proche, a rapidement réagi en dénonçant une arrestation menée « dans des circonstances dont les motifs n’ont pas encore été officiellement communiqués ». L’organisation a immédiatement saisi les autorités pour obtenir des éclaircissements et exiger une issue favorable à cette affaire.

Réactions et mobilisations populaires

Quelques heures après son interpellation, des centaines de fidèles ont manifesté à Ouagadougou pour réclamer la libération de l’imam Kindo. La dispersion de ce rassemblement par les forces de l’ordre, à l’aide de gaz lacrymogènes, a encore amplifié le mécontentement au sein de la communauté musulmane.

La FAIB a appelé au calme et à la retenue, tandis que les autorités n’ont pour l’instant formulé aucune déclaration officielle concernant le sort réservé à l’imam. Le calme est revenu après la prière de l’Eid El-Kébir, mais les regards restent tournés vers cette affaire qui agite le pays.

Contexte : le projet de loi controversé

L’arrestation de l’imam Kindo s’inscrit dans un contexte de tensions autour d’un projet de loi adopté en conseil des ministres le 19 mars. Ce texte, visant à encadrer les libertés religieuses, interdit notamment l’érection de lieux de culte dans les services publics, à l’exception des structures sanitaires, pénitentiaires et militaires. Les autorités justifient cette mesure par la nécessité de lutter contre l’extrémisme violent et les discours de haine en ligne.

Mariem Sanogo, directrice générale des Affaires religieuses, coutumières et traditionnelles, a précisé que ce texte n’était pas nouveau mais avait été réactualisé face à la montée du radicalisme. Elle a tenu à rassurer : « Il n’est pas interdit de prier dans l’espace public, dans le respect des croyances de chacun ».

Un régime sous pression

Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré il y a près de quatre ans, le Burkina Faso est gouverné par un régime militaire. Les autorités attribuent leur politique répressive à la lutte contre les groupes jihadistes qui sévissent dans une grande partie du pays depuis plus de dix ans.

L’absence de réaction officielle concernant l’imam Kindo laisse planer le doute sur les intentions du gouvernement. Une chose est sûre : cette affaire alimente les interrogations sur la liberté d’expression et la gestion du fait religieux dans un pays en proie à de multiples défis.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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