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Algerie et ses stratégies secrètes au Mali depuis 2001

Publié le 19 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Une analyse géopolitique du Sahel révèle pourquoi le Mali occupe une place centrale dans la stratégie sécuritaire de l’Algérie. Avec ses vastes étendues sahariennes héritées de 1962, ce pays partage une frontière naturelle avec les communautés touarègues, dont la cohésion territoriale inquiète Alger. Pour l’État algérien, la priorité absolue reste d’éviter l’émergence d’un État touareg indépendant au nord du Mali, une perspective susceptible de fragiliser sa propre stabilité interne.

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La politique algérienne dans la région repose sur une logique implacable : contrôler les dynamiques de rébellion touarègue en les associant à des menaces terroristes. Ce choix stratégique s’explique par la crainte d’une contagion vers ses propres régions du Sud, où vivent des populations touarègues partageant des liens culturels et territoriaux transfrontaliers. Ainsi, depuis des décennies, Alger intervient dans les conflits malien pour neutraliser toute velléité d’autonomie des communautés du Nord.

Les guerres touarègues du Mali : un levier algérien

Dès les premières heures de l’indépendance malienne, l’Algérie a joué un rôle clé dans la gestion des tensions touarègues. En 1963-1964, lors de la première insurrection touarègue, le président Ben Bella autorisa l’armée malienne à poursuivre les rebelles jusqu’à 200 kilomètres à l’intérieur du territoire algérien, une décision qui illustre l’engagement d’Alger à sécuriser sa frontière méridionale.

En janvier 1991, face à la deuxième guerre touarègue, l’Algérie orchestrait les négociations entre Bamako et le Mouvement populaire de l’Azawad, dirigé par Iyad ag Ghali. Ces pourparlers aboutirent à l’Accord de Tamanrasset, suivi du Pacte national d’avril 1992. Pourtant, malgré ces avancées, les tensions persistèrent, conduisant à une troisième guerre touarègue en 2006. Une fois encore, Alger s’imposa comme médiateur, aboutissant aux Accords d’Alger pour la paix et le développement à Kidal.

«En transformant le nord du Mali en une zone sous influence jihadiste, l’Algérie a atteint un double objectif stratégique»

La quatrième guerre touarègue (2007-2009) éclata sous l’impulsion d’Ibrahim Ag Bahanga, un chef rebelle soigné en Algérie. Son décès accidentel en 2011 en Libye marqua un tournant, bien que la paix restât fragile. En 2012, une nouvelle crise éclata, menant à l’Accord de paix et de réconciliation d’Alger en 2015. Pourtant, malgré ces engagements, les violences persistèrent, Bamako refusant de concrétiser les demandes d’autonomie des Touaregs.

Une stratégie algérienne à double tranchant

L’Algérie perçoit le nord du Mali comme une zone tampon cruciale pour sa sécurité nationale. En manipulant les groupes jihadistes depuis 2001, elle a systématiquement étouffé les revendications indépendantistes touarègues. Cette approche, qualifiée par certains analystes de «stratégie de création d’un foyer contrôlable», permet à Alger de justifier une présence militaire accrue tout en discréditant toute velléité d’autonomie.

Les services de renseignement algériens, via le DRS, ont ainsi facilité l’installation de groupes islamistes armés dans les zones touarègues maliennes. En les utilisant comme leviers, ils ont marginalisé le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), dont la victoire aurait pu servir d’exemple dangereux pour les Touaregs algériens.

En transformant le nord du Mali en un «foyer terroriste», l’Algérie a ainsi sécurisé deux objectifs majeurs :

  • Prévenir toute contagion des revendications touarègues vers ses propres territoires du Sud.
  • Se positionner comme un rempart incontournable contre le jihadisme en Afrique de l’Ouest.

Cette politique, bien que controversée, a permis à Alger de maintenir une influence décisive sur le Mali, tout en contrôlant les narratives sécuritaires régionales. Pourtant, les conséquences pour les populations locales restent lourdes, avec une insécurité persistante et des revendications autonomistes toujours étouffées.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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