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Abidjan mise sur ses minéraux critiques pour une révolution économique africaine

Publié le 10 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

À Abidjan, les nations africaines productrices de minéraux stratégiques ont scellé une alliance ambitieuse lors d’une conférence ministérielle inédite. Leur objectif ? Transformer leur trésor minéral colossal en un levier de croissance endogène, d’industrialisation et de souveraineté économique. Entre création de valeur locale, financement innovant et chaînes de valeur régionales, l’Afrique trace sa voie vers une exploitation plus juste et plus profitable de ses ressources naturelles.

Écoutez cet articleEnviron 6 min

Des ministres africains, experts des Mines, de l’Énergie et de l’Économie verte, ont convergé vers la capitale ivoirienne pour redéfinir la place du continent dans l’échiquier minier mondial. Parmi les participants : la Commission de l’Union africaine, le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, des banques régionales de développement, des investisseurs internationaux et des représentants des institutions financières.

Abidjan, épicentre d’une nouvelle stratégie minière continentale

Cette rencontre historique vise à établir un modèle africain d’exploitation des ressources, axé sur la transformation locale et l’équité. Les échanges ont porté sur trois piliers : la maîtrise des chaînes de valeur, le renforcement des infrastructures et la mobilisation de financements adaptés aux enjeux du continent.

Un « tournant décisif » pour l’indépendance économique de l’Afrique

Lors de l’ouverture des débats, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Sidi Ould Tah, a insisté sur la nécessité d’une révolution structurelle dans la gestion des ressources naturelles. « Notre ambition est claire : briser le cycle de l’exportation brute pour ancrer l’Afrique au cœur des industries stratégiques mondiales », a-t-il déclaré.

Parmi ses propositions phares : l’industrialisation locale des minéraux et une réforme en profondeur des mécanismes de financement du développement. « L’Afrique dispose de plus de 100 institutions dédiées, mais leur impact cumulé ne représente que 1 % des flux mondiaux. Il est temps de les consolider et de les recapitaliser pour qu’elles deviennent de véritables moteurs de transformation », a-t-il ajouté.

Pour lui, les infrastructures résilientes et les industries minières intégrées sont les piliers d’une exploitation durable et profitable. « Sans ces leviers, nous resterons prisonniers d’un modèle où les richesses du sol nourrissent les économies étrangères », a-t-il conclu.

La Côte d’Ivoire, locomotive d’une dynamique continentale

Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a souligné l’urgence d’une coopération régionale renforcée. « Aucun pays ne peut réussir seul. La clé réside dans la création de chaînes de valeur africaines, capables de rivaliser avec les géants industriels mondiaux », a-t-il affirmé.

Il a mis en lumière le potentiel minier de la Côte d’Ivoire, où près de 75 % du territoire recèle des gisements de minéraux critiques. Une richesse que le pays souhaite mobiliser pour atteindre son objectif : devenir une nation à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030. Pour y parvenir, Abidjan a élaboré un plan ambitieux couvrant 2026 à 2040, avec un budget de 38 000 milliards de francs CFA, majoritairement financé par le secteur privé (88 %).

Un potentiel minier colossal face à une demande mondiale en explosion

L’Afrique détient un atout majeur : 30 % des réserves mondiales de minéraux stratégiques pour la transition énergétique. Cobalt, lithium, graphite, terres rares, manganèse, nickel… Ces ressources, estimées à 29 500 milliards de dollars, représentent près de 20 % des actifs miniers globaux. Pourtant, 8 600 milliards de dollars de ces réserves restent inexploitées, faute d’infrastructures et de technologies adaptées.

Parallèlement, la demande mondiale devrait s’emballer d’ici 2040 : +1 000 % pour les métaux du groupe du platine, +842 % pour le lithium et +88 % pour le cuivre par rapport à 2023. Une opportunité sans précédent pour l’Afrique, qui pourrait capter une part significative de cette manne si elle agit rapidement.

L’industrialisation minière, clé d’un avenir prospère

Cette conférence s’inscrit dans un contexte de métamorphose industrielle mondiale, portée par la transition énergétique. Les chaînes de valeur des véhicules électriques et des batteries, par exemple, pourraient voir leur valeur passer de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards en 2050. L’Afrique a l’opportunité historique de s’imposer comme un acteur central de cette révolution.

Les dirigeants réunis à Abidjan ont acté une volonté sans équivoque : briser le modèle colonial de l’exportation brute. Leur stratégie ? Développer des industries locales, créer des emplois qualifiés et bâtir des économies résilientes, où les ressources naturelles servent d’abord les populations africaines.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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