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Abidjan au cœur du débat sur la protection des données en afrique

Publié le 19 mai 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Abidjan s’est imposée comme le théâtre incontournable des échanges africains sur la protection des données personnelles, accueillant du 18 au 21 mai 2026 la neuvième édition de la conférence internationale du Réseau africain des autorités de protection des données personnelles (RAPDP). Une quarantaine de délégations, dont vingt-quatre issues du continent africain, se sont retrouvées aux côtés d’experts européens et de représentants du secteur privé pour débattre des enjeux cruciaux liés à la gouvernance numérique.

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L’inauguration, présidée par Djibril Ouattara, ministre ivoirien de la Transition numérique et de l’Innovation technologique, a souligné l’engagement fort de la Côte d’Ivoire dans cette dynamique. La capitale économique a été choisie pour son rôle central dans l’écosystème numérique ouest-africain, alliant infrastructures sous-marines, data centers stratégiques et solutions financières innovantes. Un choix qui renforce son statut de leader régional dans la construction d’un cadre réglementaire harmonisé, alors que les disparités légales freinent encore les échanges transfrontaliers de données.

Intelligence artificielle et biométrie : les défis majeurs des régulateurs

Les débats se concentrent sur trois axes critiques pour les autorités africaines. D’abord, l’évolution rapide de l’intelligence artificielle générative, qui remet en cause les principes traditionnels de consentement et de finalité des traitements de données. Les plateformes numériques, souvent basées hors d’Afrique, collectent des volumes massifs d’informations personnelles sans que les régulateurs locaux disposent toujours des outils pour les encadrer. Ensuite, l’usage croissant des données biométriques dans les programmes sociaux, bancaires et d’identification interroge sur leur sécurité et leur proportionnalité.

Pour les régulateurs, l’enjeu va au-delà de la simple conformité technique : il s’agit de préserver une souveraineté numérique tout en évitant l’isolement économique. Plusieurs participants ont insisté sur l’importance de la Convention de Malabo, ratifiée par un nombre encore limité d’États, comme fondement d’un marché unique des données. Les divergences entre législations nationales entraînent des coûts élevés pour les opérateurs régionaux et exposent les citoyens à des risques accrus de fuites ou d’usages abusifs.

Régulation numérique : entre opportunités économiques et exigences citoyennes

Cet événement survient à un moment charnière pour l’Afrique. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) avance sur un protocole dédié au commerce numérique, notamment sur les flux transfrontaliers de données et la localisation des infrastructures. Les positions divergent : certains États, souhaitant attirer des investissements en cloud, défendent des règles souples, tandis que d’autres plaident pour un cadre strict, garantissant la protection des citoyens et la lutte contre les transferts déséquilibrés de valeur.

La présence de partenaires européens rappelle aussi la pression exercée par le RGPD. Pour les entreprises africaines exportatrices de services numériques, l’alignement sur cette norme conditionne leur accès aux marchés internationaux. Pourtant, cette convergence ne doit pas occulter les spécificités du continent : inclusion financière via le mobile, identité numérique souveraine et besoins en cybersécurité propres aux administrations.

Vers une gouvernance numérique unifiée en Afrique

L’objectif de cette conférence est clair : aboutir à des recommandations concrètes. Les régulateurs travaillent à harmoniser leurs critères d’évaluation pour les transferts de données, mutualiser leurs moyens d’enquête face aux géants du numérique et élaborer une doctrine commune sur l’intelligence artificielle. La mise en commun des sanctions et l’échange d’informations entre autorités figurent parmi les priorités, dans un contexte où les acteurs économiques évoluent sans frontières.

Pour Djibril Ouattara, cette réunion doit aussi positionner Abidjan comme un pôle réglementaire de premier plan, complémentaire à l’attractivité technologique du pays. La prochaine étape consistera à transformer ces engagements en mécanismes contraignants, capables de s’imposer face aux plateformes mondiales. Les travaux se poursuivent jusqu’au 21 mai, avec l’ambition de poser les bases d’une régulation numérique africaine cohérente.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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