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60 milliards de F CFA : la BOAD mise sur le Niger malgré les défis majeurs

Publié le 29 juillet 202625 septembre 2026 ParZara Hassane

Un engagement financier massif dans un contexte instable

Avec un engagement total de 60,6 milliards de francs CFA, la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a signé à Niamey deux conventions financières d’une valeur globale de 105 millions de dollars. Ces fonds sont destinés à renforcer des secteurs clés pour le développement du Niger, mais leur mise en œuvre s’annonce particulièrement complexe face à un environnement marqué par l’insécurité et les faiblesses institutionnelles.

Écoutez cet articleEnviron 5 min

Deux projets structurants pour l’économie nigérienne

Le premier volet, doté de 30 milliards de francs CFA, est attribué à l’Office national des aménagements hydro-agricoles. L’objectif ? Moderniser les infrastructures d’irrigation le long du fleuve Niger et dans les zones aménageables pour booster les rendements agricoles et réduire la dépendance aux importations alimentaires. Le second volet, de 30,6 milliards de francs CFA, vise à renforcer le réseau électrique national via un projet de production additionnelle de 23 mégawatts, une réponse urgente aux pénuries récurrentes qui paralysent le pays.

Lors de la cérémonie de signature en présence du Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine et du président de la BOAD Serge Ekue, les deux parties ont salué une « étape déterminante » pour les infrastructures de base. Pourtant, derrière ces annonces se cachent des risques majeurs.

L’insécurité, un frein majeur à la réalisation des projets

Le Niger fait face à une menace terroriste persistante, notamment dans les régions de Tillabéri et Diffa. Ces zones, stratégiques pour les projets hydro-agricoles et énergétiques, sont régulièrement frappées par des attaques. La sécurisation des chantiers et le transport des équipements deviennent des défis logistiques colossaux. En outre, une partie des fonds pourrait être détournée vers des mesures de protection militaire, réduisant d’autant les ressources disponibles pour les infrastructures elles-mêmes.

La pérennité des équipements est également menacée : dans certaines zones, les populations locales sont contraintes à l’exode en raison des violences, rendant l’exploitation des aménagements agricoles ou électriques aléatoire.

La corruption, un autre défi de taille

Au-delà des obstacles sécuritaires, c’est la gestion même des fonds qui suscite des inquiétudes. Plusieurs rapports soulignent les risques élevés de détournement dans l’attribution des marchés publics, que ce soit pour l’achat de matériel d’irrigation ou les contrats énergétiques. L’absence de mécanismes de contrôle transparents et indépendants laisse craindre que ces financements ne finissent entre les mains de réseaux d’influence plutôt que dans les infrastructures promises.

La traçabilité des flux financiers reste floue, et les soupçons de corruption pèsent lourdement sur la crédibilité de ces investissements. Sans une gouvernance rigoureuse, ces milliards de francs CFA pourraient se muer en fardeau plutôt qu’en levier de développement.

Un espace civique asphyxié, un contrôle citoyen inexistant

Le troisième obstacle réside dans la restriction croissante des libertés dans le pays. La société civile, la presse indépendante et l’opposition politique voient leurs marges de manœuvre réduites comme peau de chagrin. Les journalistes d’investigation et les lanceurs d’alerte, s’ils tentent de scruter la gestion de ces fonds, risquent des représailles. Quant aux organisations non gouvernementales spécialisées dans la lutte contre la corruption, elles peinent à exercer leur rôle de veille.

Cette atrophie des contre-pouvoirs laisse le champ libre aux décideurs pour gérer ces financements sans la moindre redevabilité. Résultat : une opacité totale sur l’exécution des projets, alimentant les doutes sur leur efficacité réelle.

Un pari risqué, mais nécessaire ?

En maintenant son soutien malgré les risques sécuritaires, politiques et financiers, la BOAD mise sur l’avenir socio-économique du Niger. Pourtant, le succès de ces projets ne dépendra pas uniquement de leur faisabilité technique, mais surtout de la capacité des autorités et de l’institution financière à garantir une transparence sans faille et à protéger ces fonds contre les réseaux de corruption.

Tant que l’État nigérien restera opaque et que les garde-fous démocratiques seront absents, les citoyens nigériens resteront en droit de se demander si ces investissements leur bénéficieront vraiment… ou si ils ne feront que renforcer les dysfonctionnements d’un système déjà fragilisé.

Par Zara Hassane — Grand reporter

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